April 3, 2008

ACCUEIL ARCHIVES MAIL GRATUIT NEWSLETTER MOT DES BABINAUTES FAIRE LA PUBLICITE NOS CONTACTS
Copyright 2004©LeConservateur.net All rights reserved. Privacy policy

 

LeConservateur.net
“ LA PAIX, CE N'EST PAS UN VAIN MOT MAIS UN COMPORTEMENT ”
IDEOLOGIE
LIVRE
SHENKA
TELEVISION
SUIVEZ MON EMISSION
SUIVEZ LES EMISSIONS DE SANTE
PUBLICITE
Micro ouvert exclusive sur INRI RADIO
DEBAT SUR LA POLITIQUE AFRICAINE
Cliquer sur la radio pour écouter nos émissions
Cliquer sur la radio
Pour participer appelez
Le Numero
712-432-3900

code d'accès

2136318
suivi de la touche #
 

Les Bonnes affaires
VENDRE OU ACHETER
Tel: 240-351-6471
 
 
 
 
 
 
L'ECONOMIE

Le mot économie (du grec oikos , maison) est utilisé aussi bien pour désigner :

  • l' activité économique , c'est à dire l'ensemble des processus permettant l'acquisition, la production ou l'échange de ressource (Exemples : l'économie suédoise, l'économie du pétrole, l'économie mondiale)
  • que les sciences économiques , domaine d'étude relativement récent (remontant toutefois à l'antiquité (voir histoire de la pensée économique ), mais qui a connu des développements depuis le XVII e  siècle cherchant à trouver des relations entre les phénomènes économiques (parfois appelées "lois de l'économie").
  • et, dans un sens courant, l' utilisation parcimonieuse de certaines ressources (économie de pétrole , de ressources naturelles , de temps, d'argent), ce qui d'ailleurs a un certain lien avec un postulat de base de la science économique : la rareté des ressources disponiblle
 
La Côte d`Ivoire reçoit un don de 308 M dollars de la BM
jeudi 3 avril 2008 - Par AFP
ABIDJAN - La Banque mondiale (BM) vient d`accorder un don de 308 millions de dollars à la Côte d`Ivoire lui permettant d`apurer tous les arriérés vis à vis de cette institution et d`obtenir la reprise de son aide financière, a annoncé jeudi la représentation de la BM à Abidjan.

Le conseil d`administration de la BM a approuvé le 1er avril un don "pour la gouvernance et la relance économique d`un montant de 308 M USD" destinés "à apurer ses arriérés" et à financer "un appui budgétaire de 35 M UDS", a expliqué à la presse le représentant résident de la BM, Bernard Harborne. L`apurement de "tous les arriérés de la Côte d`Ivoire vis à vis de la Banque mondiale" permet au pays d`accéder à de nouveaux dons de l`institution pour un montant de 122,5 M USD, a ajouté M. Harborne.

Ce don permettra de financer un projet d`infrastructures urbaines d`urgence (90 M USD), notamment à Abidjan et Bouaké (centre), un projet de lutte contre le VIH-sida (20 M USD), un programme de gouvernance et d`institutions (10 M USD) et une aide pour la protection d`un parc national (2,5 M USD). L`apurement des arriérés permet aussi la réactivation de quatre projets, dans les secteurs de l`éducation du développement rural et du transport, pour lesquels il reste à débourser 104 M USD.

La Côte d`Ivoire bénéficie par ailleurs d`un don de "pré-apurement des arriérés" d`un montant de 120 M USD, accordé en août 2007 et dont seulement 4 M USD ont été pour l`instant décaissés, selon la même source. La Côte d`Ivoire, dont la dette vis à vis de la BM s`élève à plus de un milliard de dollars, avait cessé de rembourser l`institution en novembre 2004 au plus fort de la crise politico-militaire qui a éclaté en septembre 2002 avec la tentative de coup d`Etat de la rébellion des Forces nouvelles (FN). Le pays a repris ses remboursements en 2007 et accepté de payer la moitié de ses arriérés avant mars 2008, soit environ 112 milliards FCFA (170 M EUR), l`autre moitié étant pris sur le don de 308 M USD de la BM.

"Il faut vraiment s`attaquer au problème de la pauvreté", a lancé M. Harborne qui a souligné "le décalage entre la richesse de la Côte d`Ivoire et la vraie souffrance (des populations)". "La pauvreté a vraiment augmenté depuis la crise" et "42% de la population" se trouve désormais sous le seuil de pauvreté selon les critères de la BM, a-t-il précisé en appelant à une "meilleure gouvernance et transparence" de la gestion des revenus de l`Etat, notamment ceux tirés du cacao et du pétrole.

La filière cacao de Côte d`Ivoire, premier producteur mondial de fèves, est souvent accusée d`opacité et de détournements massifs de fonds. Le pays extrait aussi 50.000 barils de pétrole par jour, selon le gouvernement, mais certains rapports ont évoqué une production d`au moins 80.000 bj.

Un don de 308 millions de dollars à la Côte d'Ivoire permet au pays d'apurer ses arriérés de dette vis-à-vis de la Banque mondiale et marque un plus grand engagement de l'institution.

Communiqué de presse n°: 2008/256/AFR

Contacts
À Washington : Herbert Boh (202) (202) 473 3548
hboh@worldbank.org ;
À Abidjan : Bakary Sanogo (225) 22 40 04 07
bsanogo@worldbank.org

ABIDJAN, le 2 avril 2008 – Le Conseil d'administration de la Banque mondiale a approuvé un don pour la gouvernance et la relance économique d'un montant de 308 millions de dollars en faveur de la Côte d'Ivoire pour apurer ses arriérés de dette vis à vis de la Banque mondiale.

Ce don comprend un appui budgétaire de 35 millions de dollars. Cette opération ouvre la voie à un réengagement plus robuste de la Banque mondiale avec un autre montant de 226 millions de dollars pour appuyer les efforts de reconstruction post-conflit, notamment dans les domaines des réformes économiques, de la gouvernance, de la réhabilitation communautaire et de la fourniture de services sociaux de base. 

« L'apurement des arriérés de la BIRD et de IDA constitue un point marquant dans notre collaboration avec le gouvernement de Côte d'Ivoire. Il ouvre la voie, non seulement à la Banque pour reprendre son appui financier aux efforts de développement économique et de reconstruction, mais aussi permet à d'autres bailleurs de contribuer aux objectifs de stabilisation et de reconstruction de cet important pays qui fut un leader régional en Afrique avant le conflit , » a déclaré Mme Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique .

Les objectifs principaux du réengagement de la Banque mondiale seront de trois ordres : (i) appuyer la stabilisation du pays en assistant la mise en œuvre de l'Accord de Paix de Ouagadougou ; (ii) assister les populations affectées par la guerre à travers la réhabilitation communautaire et l'appui à la fourniture de services sociaux de base ; et (iii) assister la relance économique, en mettant l'accent sur les réformes économiques pour la gouvernance,  le renforcement des institutions et appuyer la production économique.

Un don de pré-apurement des arriérés pour l'Assistance Post-crise d'un montant de 120 millions de dollars a été approuvé en août 2007 en faveur du pays. Outre le don de gouvernance et de relance économique approuvé le 1er avril 2008, la Côte d'Ivoire a accès à un montant de 122.5 million de dollars de nouveaux dons pour financer un projet d'infrastructures urbaines d'urgence (90 millions) ; un projet de 20 million de dollars pour combattre la pandémie du VIH/SIDA ; un programme de gouvernance et d'institution (10 millions de dollars) ; et 2.5 millions de dollars pour aider à protéger un parc national.  En plus, quatre projets en cours dans les secteurs de l'éducation, du développement rural et du transport, sur lesquels 104 millions de dollars restent à débourser, seront réactivés. 

« Le plein réengagement de la Banque mondiale, ainsi que le support accru qu'on anticipe de la part d'autres partenaires au développement, devraient aider à remettre solidement la Côte d'Ivoire sur le chemin de la relance économique, de la reconstruction et de la stabilisation , » a indiqué M. Bernard Harborne, chef-pays de la Banque mondiale en Côte d'Ivoire .

CRISE FINANCIÈRE: Washington pourrait cautionner les prêts immobiliers
LE MONDE / 24.03.08 - our éviter que l'éclatement de la bulle du crédit immobilier américain ne fasse s'effondrer le système bancaire, toutes les solutions sont envisagées, même les plus radicales. L'hypothèse qui circule aujourd'hui aux Etats-Unis, dans le cas où la situation deviendrait incontrôlable, est celle d'un rachat massif par le gouvernement des produits financiers basés sur les crédits immobiliers ou "mortgage backed securities" (MBS). L'Etat apporterait sa caution et cela permettrait de régler le problème, récurrent depuis l'été, du financement des établissements bancaires dont les bilans portent des actifs dont il est devenu impossible d'établir la valeur. Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI) et professeur à Harvard, chiffre entre deux et trois mille milliards de dollars (jusqu'à deux milliards d'euros) le coût d'un tel rachat. Il estime que la perte serait d'au moins 500 milliards de dollars pour le contribuable américai
"On serait dans la même logique, mais à une tout autre échelle, que le renflouement et la liquidation des Caisses d'épargne américaines à la fin des années 1980 à la suite déjà d'une crise immobilière", explique M. Rogoff. Cela permettrait de donner une valeur aux crédits immobiliers et de chiffrer définitivement les pertes bancaires, ce qui rétablirait la confiance

"FAIRE BAISSER LA TENSION"

Le Financial Times révèle, dans son édition datée des 22 et 23 mars, que plusieurs banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque d'Angleterre et la Banque centrale européenne (BCE), ont commencé à évoquer ensemble la possibilité d'une telle opération. La Banque d'Angleterre a reconnu avoir des discussions avec ses homologues sur les moyens de "faire baisser la tension" sur les marchés financiers, mais dément avoir l'intention de solliciter le contribuable pour assumer les risques de crédits à la place des établissements financiers. La banque centrale ajoute qu'elle ne fait pas partie "de celles" qui "envisagent" l'achat de produits financiers contenant des prêts immobiliers. Les réticences seraient encore plus grandes à Francfort du côté de la BCE qui se refuse à tout commentaire. L'idée fait surtout son chemin aux Etats-Unis, même si un porte-parole de la Fed a déclaré samedi que "la Réserve fédérale n'est pas engagée dans des discussions avec des banques centrales étrangères pour un rachat coordonné des MBS" . Elle ne rejette pas pour autant par principe toute intervention de cette nature qui peut, selon elle, être justifiée dans certains cas, mais seulement en dernier recours. Le fait qu'une telle hypothèse soit évoquée illustre en tout cas la crainte des banques centrales de voir la situation leur échapper une semaine seulement après le sauvetage de la cinquième banque d'affaires américaine, Bear Stearns.

"Nous n'y sommes pas encore, mais nous approchons du troisième stade d'une crise financière quand la banque centrale a dépensé toutes ses munitions et ne parvient pas à restaurer l'équilibre. Il reste alors trois choix possibles : la dépression, l'inflation ou l'intervention publique" , souligne J. Bradford Delong, professeur d'économie à l'université de Berkeley et ancien secrétaire adjoint au Trésor dans l'administration Clinton. "La dépression est impensable, l'inflation par la planche à billet est vraiment à éviter, il ne reste plus que l'intervention de l'Etat parce que la quantité d'actifs compromis est trop importante pour être absorbée par les intermédiaires financi ers", ajoute-t-il.

La décision, sans précédent, de racheter et de cautionner les crédits immobiliers ne serait de toute façon pas du seul ressort des banques centrales mais avant tout des gouvernements. Elle supposerait un engagement massif des finances publiques et présenterait de sérieux risques politiques. Aujourd'hui, la Maison Blanche n'y est pas prête et le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, n'y serait pas favorable. Il faudrait justifier auprès de l'opinion l'utilisation d'argent public pour sauver des banques ayant pris des risques inconsidérés. Pour le moment, la Fed et l'administration estiment que la situation n'est pas suffisamment dramatique pour en arriver là. La Réserve fédérale entend d'abord mesurer l'efficacité de ses fortes baisses de taux d'intérêts depuis six mois et des mesures de refinancements exceptionnelles pour les établissements financiers qu'elle a mises en place.

Eric Leser
 

La Fed abaisse son taux directeur de 0,75%

Le mardi 18 mars 2008 - LaPresseAffaires- La crise financière qui sévit pousse la Réserve fédérale des États-Unis à abaisser son taux directeur de trois quarts de point à 2,25% mardi. . Crise du crédit, ralentissement économique et tourmente boursière: tous ces ingrédients poussent la Réserve fédérale des États-Unis à abaisser son taux directeur de trois quarts de point mardi. Avec ce nouveau coup de barre, le taux directeur de la Fed s'établit maintenant à 2,25%. Dans leur communiqué, les gouverneurs ne mâchent pas leurs mots pour justifier leur décision. «Les récentes informations, écrivent-ils, indiquent que les perspectives pour l'activité économique se sont affaiblies davantage. La croissance des dépenses des consommateurs a ralenti et les marchés du travail ont ramolli. Les marchés financiers sont sous un stress considérable et le resserrement des conditions du crédit ainsi
que la contraction qui s'approfondit dans le marché immobilier peuvent peser sur la croissance au cours des prochains trimestres.» Selon la Fed, l'inflation a augmenté et certains indicateurs portant sur les attentes en la matière ont aussi augmenté. Mais selon elle, les prix à la consommation et la pression sur l'utilisation des ressources se modéreront au cours des prochains trimestres.
Le comité des gouverneurs s'attend à ce que l'inflation se modère pendant les trimestres qui viennent, reflétant une projection à la baisse sur l'énergie et des prix d'autres produits de base. «Pourtant, indique le communiqué, l'incertitude sur les perspectives de l'inflation a augmenté. Il sera nécessaire de continuer à suivre ses développements avec attention.»

La Fed croit que ses récentes baisses du taux directeur, du taux d'escompte et l'injection de liquidités au sein des marchés contribueront à une croissance économique modeste. Mais elle ajoute que «des risques à la baisse demeurent. Le comité agira en temps opportun quand ce sera nécessaire» pour la croissance et la stabilité des prix. La baisse de taux directeur annoncée mardi est la sixième depuis septembre 2007. C'est à ce moment que s'amorçait la crise financière que l'ancien grand patron de la Fed, Alan Greenspan, qualifie maintenant de pire depuis la Deuxième Guerre mondiale. Il faut savoir que depuis septembre, la Fed a abaissé son taux de 25 points de base à deux reprises et autant de fois de 50 points de base. Le 22 janvier, une réunion spéciale de ses gouverneurs a donné lieu à une baisse de 0,75%. L'été dernier, le taux directeur était de 5,25%.
 
L'or franchit le seuil fatidique des 1000 dollars l'once
T Dong-G Miceli - 13/03/2008- LeFigaro - Le prix de l'or a atteint les 1000 dollars l'once pour livraison en avril à New York, stimulé par la faiblesse du dollar et la fièvre du pétrole. L'or caracole sur le marché new-yorkais, profitant de la conjonction de deux facteurs, le billet vert qui dégringole et le pétrole qui tutoie jour après jour de nouveaux sommets. Cette poussée du métal jaune s'explique par la faiblesse du dollar vis à vis de la monnaie unique et des autres devises. Les matières premières, principalement libellées en dollar, sont ainsi plus accessibles pour les acheteurs munis de monnaies étrangères. Le second facteur conjoncturel, la montée du baril de brut, entraîne des craintes inflationnistes auprès des investisseurs qui prisent les valeurs refuges, comme c'est le cas de l'or, pour pallier à ce risque.
Le marché au comptant de référence, le London Bullion Exchange, est cependant demeuré sous la barre des 1000 dollars, à 997,65 dollars vers 14h. La fièvre de l'or s'explique également par l'asymétrie entre l'offre et la demande, conséquence d'une contraction de la production en Afrique du Sud, en raison de problèmes électriques. Ces données, couplées à la crainte d'une récession américaine ainsi qu'à l'instabilité des Bourses poussent les investisseurs vers ce type d'actifs.
 
L'or a atteint jeudi 1.000 dollars l'once à Londres, une première historique.

Pénalisé depuis le début des années 1980 par la chute de l'inflation, l'or retrouve son rôle de valeur refuge. Les pièces sont de nouveau recherchées. L'or a payé un lourd tribut à la lutte contre l'inflation. Coté à un plus haut historique, 850 dollars l'once, en janvier 1980, à la veille de la guerre entre l'Iran et l'Irak, le cours du métal jaune s'est dégradé ensuite pendant vingt ans non sans avoir subi quelques tensions. Cette longue période baissière ne fait pourtant pas partie des plus calmes dans le monde, puisqu'il a fallu traverser l'effondrement du bloc soviétique, un krach boursier, la première guerre du Golfe et l'éclatement de la bulle Internet. La décision des banques centrales de lutter contre l'inflation est la cause du désintérêt pour l'or.

La tendance s'est inversée en 2001, en grande partie grâce à la hausse du prix des autres matières premières et notamment du pétrole. En 1999, l'or noir était tombé à 10 dollars le baril, alors qu'il évolue maintenant entre 85 et 100 dollars. Il n'est donc pas étonnant de voir l'or dépasser les 900 dollars en ce début d'année. Cependant, corrigé de la dérive des prix aux États-Unis, le métal précieux n'a pas retrouvé son pouvoir d'achat. En effet, le cours historique de l'or à 850 dollars l'once en 1980 correspondrait à un cours de près de 2200 dollars d'aujourd'hui.

Personne n'envisage pour l'instant de voir l'or atteindre un tel niveau, mais certains professionnels tablent sur un cours de 1000 dollars dès cette année. Les plus optimistes parlent même de 1500 dollars à moyen terme. En outre, le retour de tensions inflationnistes, non seulement dans les pays émergents mais aussi dans les marchés développés, milite en faveur de la reconstitution d'un poste or et métal précieux dans tout patrimoine.

Désintérêt des investisseurs

Parmi les possibilités d'investissement dans l'or, la détention de pièces reste marginale dans le patrimoine des Français. À tort, car l'achat de pièces d'or peut devenir un placement plaisir tout en participant à la diversification des risques. La cotation officielle des pièces a été supprimée en 2004 mais, depuis, CPR Or, filiale du Crédit agricole, assure la liquidité du marché pour le compte des banques et intermédiaires français. Il est donc possible de se rendre dans son agence bancaire afin de donner un ordre d'achat ou de vente sur cet actif. Les ordres d'achat peuvent être traités au cours de référence du jour ou à cours limite, comme pour les actions. En revanche, à la vente, seules les pièces conservées sous film transparent scellé peuvent être vendues au cours du jour. En effet, cette protection atteste la qualité de la pièce qui, sinon, devra être examinée par CPR Or avant la transaction.

Le cours des pièces d'or résulte de la confrontation entre offre et demande, comme sur tout marché, mais aussi en référence au cours du lingot. En outre,les pièces étant destinées initialement à servir de moyen d'échange contre des marchandises et services, elles n'ont pas été frappées en or pur mais comportent un alliage destiné à en renforcer la dureté. Ainsi, notre napoléon (20 francs), dont le poids brut est de 6,4516 grammes, ne comporte que 5,8 grammes d'or fin. La pièce de 20 dollars des États-Unis, qui a un poids brut de 33,437 grammes, nécessite 30,09 grammes d'or fin. C'est ce poids qui est pris en compte pour calculer la prime ou la décote des pièces.

Le désintérêt des investisseurs pour les pièces d'or en raison d'une fiscalité défavorable, de la baisse des cours de l'or sur la fin du siècle dernier, les risques de vol et de détérioration ont pendant longtemps créé une pression vendeuse. Jusqu'à ces derniers mois, les pièces présentaient même une décote par rapport à leur poids d'or fin. Cette décote représente grosso modo le coût nécessaire à la fonte des pièces pour en récupérer l'or fin.

La piste des pièces de collection

Le retour d'une demande soutenue d'or physique met progressivement un terme à cette situation. Toutefois, les fluctuations ne sont pas négligeables, d'où la nécessité de passer les ordres d'achat et de vente à cours limite. Ainsi, le napoléon présentait une prime de 0,51% le 15 janvier, alors qu'au 30 janvier il extériorise une décote de 0,83%. Le demi-napoléon (10 francs), qui fait l'objet de transactions plus étoffées, comporte une prime plus importante (10,59% au 30 janvier), mais en net retrait par rapport à la mi-janvier (14,04%).

Certaines pièces subissent des fluctuations particulièrement amples. Ainsi, la pièce de 50 pesos mexicains, qui comporte 37,5 grammes d'or pur, renoue avec une prime (2,29% au 30 janvier), alors qu'en milieu de mois elle décotait de 2,84%. En revanche, la prime sur le 20 dollars des États-Unis revient à un niveau plus raisonnable (6,21% contre 16,79%) précédemment. Dans ces conditions, il convient de ne jamais se précipiter pour acheter ou vendre des pièces.

Pourquoi ne pas aller plus loin et s'intéresser à la numismatique? Le site Internet UBS Gold & Numismatik propose un large choix de pièces de monnaie et de médailles qu'il est possible d'acheter en ligne, allant de l'Antiquité à l'époque contemporaine. En outre, la banque organise chaque année à Bâle, Zurich et Genève des ventes qui attirent les collectionneurs du monde entier. Une cession a été organisée à Bâle du 22 au 24 janvier dernier. Les biens proposés couvrent une palette très large. Alors qu'une médaille à l'effigie du tsar Nicolas I a été adjugée 155?250 francs suisses, une pièce de 20 francs de 1814 à l'effigie de Louis XVIII estimée à 500 francs suisses a été vendue à 525 francs. L'écart de prix avec le napoléon de même poids est justifié par l'intérêt historique, la rareté relative et le parfait état de cette pièce.

 

Warren Buffett plus riche que tout le monde

Après treize années de règne, Bill Gates a cédé son titre d'homme le plus riche du monde à l'investisseur américain Warren Buffett, selon le classement de «Forbes». Ernesto Bertaerlli reste le Suisse le plus fortuné.

Le trio de tête des grandes fortunes mondiales est le même que l'an passé, mais dans un ordre inédit. Warren Buffett, 77 ans, accède pour la première fois à la place d'honneur, selon le classement annuel du magazine «Forbes» des milliardaires de la planète publié mercredi. Il a accru en un an de 10 milliards de dollars sa fortune, évaluée à 62 milliards.

Bill Gates, avec une fortune de 58 milliards, a été rétrogradé en 3e place, pour ne l'avoir augmentée «que» de 2 milliards d'une année sur l'autre. Le magnat mexicain des télécoms Carlos Slim a fait fructifier la sienne de 11 milliards, à 60 milliards de dollars, et arrive en 2e position.

Buffet, roi de 1125 milliardaires

Buffett, appelé parfois l'«Oracle d'Omaha» - du nom de sa ville d'origine dans le Nebraska - pour ses conseils aux investisseurs, a profité du bond de plus de 25 % de l'action de son fonds d'investissement Berkshire Hathaway. L'action, la plus chère du monde, dépasse les 137'500 dollars.

Il est particulièrement remarquable que Buffett se soit hissé à la première place en pleine crise financière et alors qu'il a commencé à céder une partie de ses biens à des oeuvres, souligne «Forbes». Un partenariat lie Buffet à Gates dans la philanthropie depuis 2006.

Le cercle des milliardaires a dépassé pour la première fois le cap du millier: 1125 fortunes, contre 946 l'an passé. La progression la plus spectaculaire est attribuée à l'Indien Anil Ambani, qui a gonflé sa fortune de 23,8 milliards de dollars, mais aussi à son frère Mukesh Ambani, qui a lui crû sa fortune de 22,9 milliards. Tous deux sont les héritiers du fondateur de Reliance Industries, le plus gros groupe privé d'Inde.

Pays émergents

Signe de la montée en puissance des économies émergentes, l'Inde compte quatre fortunes dans le top 10, dont Lakshmi Mittal, le magnat de l'acier (4e, avec 45 milliards). Il est passé devant la famille suédoise Kamprad, fondatrice des magasins d'ameublement Ikea - dont le patriarche Ingvar Kamprad réside à Epalinges (VD) -, qui passe de la 4e à la 7e place, avec 31 milliards de dollars.

Dans les grandes tendances par pays, les Etats-Unis restent le premier incubateur à milliardaires, avec 469 fortunes du classement, mais les pays émergents montent en puissance: 70 % des nouveaux entrants cette année viennent de Russie, d'Inde, de Chine et des Etats-Unis.

La Russie apporte 87 fortunes au classement, devenant le 2e pays créateur de milliardaires, devant l'Allemagne. L'Inde est représentée par 53 fortunes, la Chine 42 et le Brésil 18, soit plus que la France, qui en compte 14.

Davantage de jeunes

Autre fait notable cette année, le classement rajeunit un peu, grâce aux jeunes fortunes venues de Russie et de Chine: 61 ans en moyenne (62 ans l'an passé), dont 46 ans en moyenne en Russie et 48 ans en Chine. Les moins de 40 ans atteignent le nombre record de 50. Notamment, le fondateur du site de socialisation Facebook, Mark Zuckerberg, 23 ans, fait son entrée dans le classement (785e, 1,5 milliard).

 

Le pétrole s'installe au delà des 100 dollars le baril à New York

NEW YORK (AFP)  19/02/2008 - Les prix du pétrole ont établi mardi un nouveau record à New York, en touchant 100,10 dollars le baril, sous l'effet d'une violente recrudescence des craintes sur une diminution de l'offre des pays producteurs. Pour la première fois, le contrat sur le "light sweet crude" négocié à New York brut a clôturé la séance au-delà du seuil symbolique des 100 dollars (à 100,01 dollars), soit un gain d'environ 5 dollars sur une seule séance. Le précédent record du brut (100,09 dollars) avait été établi le 3 janvier. Cette frénésie a aussi été constatée à Londres où le prix du baril du pétrole Brent s'est hissé à un niveau jamais vu (98,70 dollars). "Cette euphorie du marché pétrolier révèle le retour en force de fonds spéculatifs sur les marchés des matières premières", a commenté Mike Fitzpatrick, analyste chez MF Global. Après avoir empoché leurs bénéfices au lendemain de la première flambée historique des prix du pétrole début janvier, ces investisseurs ont ressurgi mardi, alléchés par une combinaison de facteurs "inquiétants" pour
l'offre mondiale de brut, a indiqué à l'AFP Bart Melek, analyste chez BMO Capital.

Et d'énumérer: "la réelle possibilité que l'Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) réduise sa production, l'explosion d'une raffinerie au Texas et les tensions persistantes entre les Etats-Unis et le Venezuela". Représentant 40% de la production mondiale de brut, l'Opep devrait réduire sa production lors de sa prochaine réunion, le 5 mars, à Vienne, pour empêcher une chute trop marquée des prix après la fin de l'hiver.

Lors de leur précédente réunion en février, les treize membres du cartel avaient maintenu inchangés leurs quotas au grand dam des pays consommateurs. L'explosion d'une raffinerie au Texas (sud des Etats-Unis), qui traite 70.000 barils de brut par jour, a porté également un deuxième coup à l'approvisionnement de brut, ajoutent les analystes.

D'autant que "la raffinerie ne rouvrira pas tant que nous n'avons pas déterminé les causes de l'incendie", a indiqué à l'AFP Blake Lewis un porte-parole de Alon USA, propriétaire de l'usine. En outre, la querelle entre le groupe pétrolier américain ExxonMobil et le Venezuela va continuer d'entretenir la poussée des prix, estime M. Fitzpatrick, les victoires judiciaires du premier contre le second ayant entraîné des menaces d'arrêt des livraisons vénézuéliennes aux Etats-Unis.

Le groupe pétrolier américain ConocoPhillips a du reconnaître mardi que la nationalisation de ses activités au Venezuela avait fortement entamé le taux de renouvellement de ses réserves prouvées de pétrole. Le dernier facteur haussier est venu du Nigeria, premier producteur d'or noir africain, où la zone de production du delta du Niger est l'objet de troubles récurrents.

Mardi, c'est une information donnant pour mort le dirigeant du Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (Mend), Henry Okah, extradé récemment d'Angola, qui a mis le feu aux poudres. L'information a ensuite été démentie par le gouvernement nigerian. Le Nigeria a vu sa production fondre d'un quart du fait des violences, des enlèvements d'expatriés et des sabotages.

Enfin la faiblesse du dollar, monnaie dans laquelle sont libellés les prix du brut, par rapport aux principales devises, a rendu le pétrole moins cher aux investisseurs, qui fuient la volatilité en cours sur les places boursières. Mais "si demain nous avons des indices économiques indiquant un mauvais état de l'économie américaine", première consommatrice mondiale d'énergie, "les prix du pétrole vont redescendre rapidement", a estimé M. Melek. Car un ralentissement de la croissance serait préjudiciable à la demande de brut.

 
Croissance et... croissance de l'économie du cannabis en Afrique subsaharienne ( 1980-2000)

Pascale Perez Laurent Laniel [*]

La culture du cannabis connaît à partir des années 1980 un fort développement en Afrique subsaharienne. Par ses caractéristiques agronomiques et économiques, le cannabis apparaît comme un produit performant compensant la crise des matières premières agricoles, la libéralisation des filières de culture de rente, ou permettant l’intégration des régions enclavées aux circuits marchands. En lien avec le développement de la production, on peut observer la mise en place de nouveaux systèmes commerciaux (trafiquants) et la mutation des systèmes déjà en place. Les marchés de consommation du cannabis africain connaissent parallèlement un fort développement à partir des années 1980, stimulant la production. Si les drogues, et en particulier le cannabis, ont souvent été mentionnées dans les conflits armés africains, elles ont également contribué à la stabilité sociale. The Rise and Rise of the Cannabis Economy in Sub-Saharan Africa ( 1980-2000)
In the 1980s, cannabis cultivation increased a great deal in Africa. As an efficient product due to its own special agronomical and economic features, cannabis has partially offset the effects of the multiple crises sparked by the fall of cash crop prices and economic liberalisation, especially of agriculture. It may allow isolated areas to compete on national and international markets. With booming production, new commercial systems have been established while existing ones have changed. The significant growth of African consumer markets for cannabis starting in the 1980s has stimulated production further. While drugs, especially cannabis, have often been mentioned as factors in armed conflicts in Africa, they also have contributed to social stability on the continent. Plan de l'article

• Le développement de la production de cannabis et les mutations des flux marchands
— Le développement de la production agricole Une culture de compensation
— Une culture d’intégration
— Les caractéristiques particulières de la commercialisation
— La mutation des circuits marchands
— La « filière cannabis »
— Stratégies de maximisation des profits

• La croissance des marchés locaux de consommation
— Structure des marchés africains de consommation du cannabis
— Des usages « stratégiques »
— Les dimensions stratégiques de la production et de la répression

• Conclusion • Références bibliographiques La décennie 1980 marque un tournant dans l’intégration de l’Afrique subsaharienne dans l’économie des drogues illicites. Terre de passage pour les produits illicites venant des continents asiatique et sud-américain et à destination de l’Europe et de l’Amérique du Nord, l’Afrique en devient également une terre de production, principalement de cannabis, et un marché de consommation.

Le développement de la production, du trafic et de la consommation illicites de cannabis s’y inscrit dans un contexte économique dégradé. La chute des prix des matières premières et les politiques de libéralisation des filières ne touchent pas seulement le secteur agricole qui se met en quête de cultures alternatives : le commerce et le transport pâtissent aussi de cette dégradation économique. À la différence des masses paysannes, les États et leurs représentants ne sont affectés qu’en dernier lieu par les conséquences de la baisse de la rente agricole. Quant au dégraissage des effectifs de la fonction publique qui est imposé par les plans d’ajustement structurel, il fragilise économiquement les classes moyennes urbaines qui deviennent une cible d’autant plus désignée pour les trafiquants : en tant que consommateurs cherchant à s’adapter à la nouvelle réalité, mais aussi comme acteurs du trafic, en tant que transporteurs, vendeurs, ou passeurs.

Le développement de la production de cannabis et les mutations des flux marchands

La diversité des zones écologiques dans lesquelles la culture de cette plante s’est développée sur le continent africain montre ses capacités d’adaptation aux différents contextes naturels. Ainsi, sa culture transcende les zones bioclimatiques de l’Afrique subsaharienne, depuis le Sahel jusqu’à l’Afrique équatoriale, l’Afrique de l’Est et l’Afrique septentrionale, que ce soit au Mali, au Sénégal, en Gambie, en Côte-d’Ivoire, au Togo, en République démocratique du Congo (RDC), en Afrique du Sud, au Lesotho : à des latitudes et à des altitudes variées donc. Les itinéraires techniques et la localisation des terres dédiées à cette culture varient alors en fonction des situations locales. Le calendrier agricole de la culture du cannabis oscille entre quatre à huit mois, des itinéraires techniques adaptés permettant de le cultiver en association ou en monoculture et facilitant son intégration par les agriculteurs dans des systèmes de culture aussi variés que ceux des plantations cacaoyères des zones forestières ivoirienne, ghanéenne ou togolaise, des zones maraîchères des Niayes sénégalaises, ou encore des hauts plateaux camerounais producteurs de pomme de terre et de maïs.
Du point de vue agro-économique, les prix d’achat offerts ramenés au coût local du travail ou à la disponibilité de la terre font que le cannabis présente, du fait de sa prohibition, des avantages comparatifs très attractifs. En 1995, en Côted’Ivoire, des études montraient qu’un hectare de cannabis rapportait 100 fois plus qu’un hectare de café et 55 fois plus qu’un hectare de riz et de manioc associés; en Gambie, 100 fois plus qu’un hectare de manioc et 10 fois plus qu’un hectare d’arachide. La valeur ajoutée pour une journée de travail y était 7,5 fois supérieure pour le cannabis que pour le cacao. En 1997, au Cameroun, un hectare de cannabis procurait un revenu 12 fois plus important qu’un hectare mis en culture associée de maïs, haricot et pommes de terre et une journée consacrée à la culture de cannabis permettait de dégager un revenu 4 à 26 fois plus important dans le cadre de la culture associée [OGD, 1997].
Les différentes études menées par l’OGD [OGD, 1995,1997, juin 1998, octobre 1998] [1] auprès des agriculteurs montraient que, durant les années 1990 et quels que soient les contextes socio-économiques et naturels, le cannabis était devenu un produit agricole pivot constituant au minimum 75% des revenus monétaires obtenus par les exploitations agricoles engagées dans cette activité.
Selon les contextes, la production agricole du cannabis permet de compenser la perte des revenus monétaires agricoles (baisse du prix des matières premières) et/ou les réductions des superficies cultivables (pression foncière, désertification ou salinisation des sols). Elle représente également un moyen d’intégration aux nouveaux circuits marchands qui ont émergé dans le contexte de la libéralisation des filières d’État, et ce d’autant plus que le cannabis, production illicite, souffre moins que les productions commerciales de l’éloignement des marchés.

Le développement de la production agricole Une culture de compensation

La culture de cannabis apparaît dans deux contextes particuliers comme culture de compensation : dans des régions fortement orientées vers des cultures de rente et dans des zones où la dégradation des conditions écologiques a contribué à une réduction des surfaces cultivables. Les deux phénomènes sont parfois concomitants.
Cette expansion de la culture de cannabis durant les décennies 1980 et 1990 constitue la réponse des agriculteurs africains à la détérioration du contexte général de l’activité agricole. Dans toutes les régions agricoles orientées vers les cultures de rente où les études ont été menées, le même schéma est apparu. Les cours mondiaux des matières premières ont d’abord baissé de façon très importante : ainsi, en Côte-d’Ivoire, entre 1988 et 1992, le prix bord-champ du café décortiqué a été divisé par 4 et celui du cacao par 2,7. Ensuite, à l’instigation des institutions financières internationales, les filières de commercialisation ont été brusquement libéralisées : en 1996, au Togo, les différents organismes chargés de l’appui, de la commercialisation et de l’exportation du café et du cacao ont été démantelés. De fait, pour les représentants syndicaux des agriculteurs zambiens, la libéralisation de la commercialisation du maïs est perçue comme la première cause du développement de la culture du cannabis.
Ces nouvelles conditions fragilisent donc les exploitations agricoles ne disposant plus des prix garantis, de l’accès aux intrants chimiques, aux crédits subventionnés ou à tout autre soutien au développement des cultures auparavant fourni par les organismes étatiques. L’Office des produits agricoles du Togo (OPAT), par exemple, contribuait ainsi à la rénovation des plantations, à l’entretien des pistes permettant d’y accéder, etc. En conséquence de cette libéralisation les revenus monétaires ont baissé alors même que le prix d’intrants essentiels tels que fertilisants, produits phytosanitaires et semences augmentait. Ainsi, au Sénégal, le prix de ces intrants a augmenté de 50% à la suite de la libéralisation de la filière du riz, favorisant l’apparition de nouveaux modes de commercialisation et de nouveaux opérateurs privés.
Parallèlement, l’ouverture des marchés aux importations, en particulier de produits agricoles vivriers, a accentué les difficultés rencontrées par nombre d’exploitants agricoles : en 1995, sur les marchés du Sénégal, le prix du kilo de riz sénégalais était 25% plus élevé que celui de la brisure de riz importée d’Asie.
Culture de compensation, le cannabis l’est aussi dans des contextes de réduction des terres cultivables du fait de phénomènes climatiques ou écologiques adverses (sécheresse, salinisation ou forte érosion), mais également du fait de blocages fonciers enchérissant l’accès à la terre, en particulier pour les jeunes générations. Il en était ainsi au Togo, au Congo-Brazzaville, en Côte-d’Ivoire et en Guinée-Conakry sur les fronts forestiers bloqués où, pour les jeunes agriculteurs, l’accès à la terre est restreint. De fait, la valeur ajoutée de la production de cannabis rapportée à la superficie cultivée est telle qu’elle permet des revenus importants sur des superficies réduites. Cette caractéristique permet donc d’accéder à une activité agricole sans disposer de l’important capital foncier généralement requis.
En Gambie, la sécheresse a entraîné une salinisation des terres diminuant fortement les terres cultivables. Une agricultrice y racontait que sa production de riz qui couvrait les besoins annuels de sa famille en était venue à ne plus assurer que trois mois de subsistance familiale. Le déficit devait alors être compensé par des achats alimentaires que seuls les revenus garantis par le cannabis permettaient. Au Lesotho enfin, dès le début des années 1980, les ravages de l’érosion et l’appauvrissement des terres des zones montagnardes ont provoqué un recours massif à la culture de cannabis, plante qui se satisfait même de sols dégradés.

Une culture d’intégration

En devenant la culture de rente, le cannabis permet l’intégration des régions dont l’accès physique aux marchés est limité ou qui ne disposent pas de cultures de rente qui pourraient permettre leur intégration aux circuits marchands.
Par exemple, dans la région de Kumbo, sur les hauts plateaux camerounais, la culture de cannabis a été développée pour compenser les difficultés de commercialisation propres aux cultures habituelles (haricot, maïs, pomme de terre). L’isolement par rapport aux marchés rendait en effet la vente de ces produits aléatoire. Dans un village situé à 14 km de Kumbo, relié par une piste impraticable ou presque en saison des pluies, la venue d’acheteurs était contingente. La vente des productions villageoises ne pouvait donc souvent se faire que dans la limite desfaibles quantités transportables à pied jusqu’au marché de Kumbo. Les aléas d’une telle commercialisation compromettaient et l’écoulement des produits sur le marché, et a fortiori le financement régulier des frais de scolarisation, des dépenses sanitaires ou encore des achats de produits de première nécessité. Ailleurs, dans la région du Bandundu de la République démocratique du Congo, c’est la dégradation des infrastructures routières qui a accentué l’isolement des villages par rapport aux marchés, rendant très difficiles la venue des acheteurs de produits alimentaires ou le déplacement des producteurs vers ces marchés. Ces conditions particulières de commercialisation sont alors d’autant plus favorables au développement de la culture du cannabis puisque, dans le cas de cette production, ce sont les acheteurs qui se déplacent pour acquérir les récoltes, rompant ainsi l’isolement des villages ou des régions concernés et les intégrant de facto dans les circuits marchands.

Les caractéristiques particulières de la commercialisation

L’introduction de la culture de cannabis dans les systèmes de production locaux a pris, selon les régions, des aspects variés, même si elle a partout répondu à un besoin d’alternative économique ressenti par les agriculteurs. Mais une telle culture a aussi été incitée par des réseaux trafiquants préexistants, comme ce fut le cas par exemple en Afrique de l’Ouest sous l’influence de réseaux nigérians et ghanéens déjà impliqués dans le commerce régional du cannabis. Son expansion a encore été favorisée par ouï-dire, notamment concernant l’avantage comparatif de sa valeur marchande dans le contexte du développement de son marché urbain. Ce dernier mode de transmission s’est surtout fait dans les pays où le cannabis était déjà présent à petite échelle et utilisé comme remède médicinal (Cameroun, RDC, etc.).
En ce qui concerne la commercialisation, trois dynamiques apparaissent : la mutation de réseaux commerçants déjà en place (réseaux du cacao ou de l’arachide) qui intègrent ce nouveau produit dans leurs activités; la mise en place de nouveaux systèmes commerciaux (trafic); l’implication accrue des producteurs dans la commercialisation de leur production.

La mutation des circuits marchands

On observe dans certaines régions de Côte-d’Ivoire, du Togo et du Sénégal un changement des circuits marchands traditionnels qui évoluent du commerce et du transport de matières premières agricoles traditionnelles (cacao, café, arachide) au trafic de cannabis. La libéralisation des filières d’État se traduit par une mutation de ces circuits qui bénéficient toujours aux élites politiques dont les intérêts dans la commercialisation des cultures de rente ont été préservés. Dans les régions cacaoyères et caféières de Côte-d’Ivoire ou du Togo, une partie du trafic, portant généralement sur de grandes quantités, est assurée sous couvert d’activités légales liées à l’import-export ou au transport commercial et disposant de débouchés : sociétés de transport, grands commerçants, sociétés exportatrices de café ou de cacao. Au Cameroun, par exemple, les acheteurs de cannabis en gros participent également du commerce de produits vivriers. Le trafic est donc largement intégré au sein des activités licites et le fret légal peut ainsi dissimuler les cargaisons de cannabis, des sociétés d’exportation caféière ou cacaoyère faisant office de couverture aisée. En Afrique de l’Ouest, on peut également trouver des réseaux de trafic de cannabis qui sont liés aux circuits d’exportation de la noix de cola. En RDC et au Nigeria, enfin, c’est dans des grumes destinées à l’Europe que l’herbe de cannabis est fréquemment camouflée. D’une façon générale donc, l’herbe de cannabis va s’insérer dans les grands réseaux commerciaux légaux du continent, mais en utilisant aussi des circuits de contrebande et de commerce informel préexistants.

La « filière cannabis »

D’autres types de filières ont été mis en place sous l’impulsion de réseaux marchands s’inspirant des conditions qu’offraient les filières de cultures de rente. Ces réseaux ont ainsi encouragé la production de cannabis en constituant des filières organisées sur le type de celles qui existaient pour les produits légaux avant la vague de libéralisation. Au Congo-Brazzaville et en RDC, ces réseaux offrent des prix garantis, achètent sur pied et fournissent des semences. Dans ces pays, les circuits sont généralement organisés par des commerçants non nationaux et, contrairement à ceux des produits légaux, ils échappent à la classe politique nationale, du moins de façon directe.
Afin de disposer d’une couverture, des trafiquants se sont convertis en commerçants de denrées alimentaires (RDC), ces dernières servant de camouflage. Les agriculteurs trouvent ainsi des débouchés pour les autres cultures vivrières, dont les produits sont acheminés, en même temps que le cannabis, sur les marchés urbains par les trafiquants.
Ailleurs, les producteurs de cannabis ne travaillent pas en contrat avec des acheteurs. Ces derniers se rendent de temps à autre sur les lieux de production et cherchent à acquérir de la marchandise. Les agriculteurs s’efforcent de vendre au plus offrant. Ils peuvent ainsi choisir les moments les plus opportuns suivant les besoins de leur trésorerie (Gambie, RDC, Sénégal, Lesotho). Le cycle agricole court du cannabis permet plusieurs récoltes annuelles et, si elle a bénéficié d’un bon séchage, l’herbe de cannabis peut se conserver pendant un an. Elle constitue alors une épargne utilisable lorsqu’une dépense devient nécessaire (rentrée scolaire, frais médicaux, investissements dans l’exploitation agricole, etc.).
Les trafiquants qui viennent acheter sur place contribuent au désenclavement de régions isolées ou mal desservies (Cameroun, RDC, Lesotho, Afrique du Sud) et maintiennent ou insèrent les agriculteurs dans les circuits marchands. Mais le commerce du cannabis n’est pas l’apanage exclusif des grands trafiquants ou commerçants déjà installés. Il peut également représenter une opportunité pour de nouveaux entrants. C’est ainsi qu’une multitude de petits circuits se sont mis en place, à l’initiative de personnes recherchant des alternatives économiques. Les liens familiaux avec le milieu rural, qui restent souvent très étroits au sein des classes urbaines, permettent l’organisation d’un trafic à petite échelle, voire le montage d’opérations ponctuelles permettant de couvrir des besoins urgents ou imprévus, entre producteurs villageois et résidents des quartiers urbains

Stratégies de maximisation des profits

À une plus petite échelle, les producteurs travaillent avec des petits commerçants locaux. Mais ils assurent parfois eux-mêmes la commercialisation de leur produit, et certains vont jusqu’à lui ajouter de la valeur en transformant le cannabis « brut » en « produit fini » (gamme de sachets de différents poids, joints « préroulés », etc.) prêt à être vendu directement au consommateur. Ces réseaux de proximité, très présents dans les campagnes, servent souvent une petite clientèle d’« amis » afin de minimiser les risques de dénonciation et de répression ou, ce qui est souvent la même chose, de racket de la part de policiers aussi peu scrupuleux que mal payés.
Les producteurs peuvent ainsi déployer une large gamme de stratégies visant à maximiser les bénéfices tirés de la culture du cannabis, par exemple en se chargeant eux-mêmes du transport et/ou en « arbitrant » au mieux les différences de prix caractérisant divers marchés nationaux. Les producteurs des zones frontalières bénéficient d’une configuration pour ainsi dire optimale car elle allie proximité et possibilité « d’arbitrage ». Par exemple, sur la frontière entre le Congo-Brazzaville et le Cameroun, les producteurs congolais transportent leur production au Cameroun, où les prix de vente sont plus élevés. Certains, d’ailleurs, investissent les revenus du cannabis dans des moyens de transport (bicyclette, voire, pour les plus riches, cyclomoteur). Entre le Sénégal et la Gambie, à l’instar de ceux du coton et de l’arachide, le sens des flux de marijuana change en fonction des prix d’un côté ou de l’autre de la frontière. C’est aussi le cas entre le Togo, le Ghana et la Côte-d’Ivoire, où le cannabis emprunte, parfois sur des centaines de kilomètres, les camions des contrebandiers de café et de cacao qui tirent depuis longtemps parti des différences annuelles des prix de ces denrées dans les trois pays. Dans ce dernier cas, la proximité ne s’exprime pas tant par une contiguïté spatiale que par l’activité de réseaux de contrebande préexistants qui compriment l’espace.

La croissance des marchés

locaux de consommation C’est avant tout la croissance des marchés de consommation locaux, urbains mais aussi ruraux, qui a stimulé la production de cannabis en Afrique à partir des années 1980. En effet, même si elle peut s’exporter via des circuits internationaux, la très grande majorité de la production africaine de cannabis est consommée en Afrique même [Laniel, 1998].
Précisons d’emblée qu’on ne dispose d’aucune estimation précise de l’ampleur des marchés africains de consommation du cannabis. Sur ce point comme sur d’autres, le savoir est encore lacunaire. Reste qu’en regard des rares études épidémiologiques disponibles [Nortey et Senah, 1990; Lesotho Highlands Development Authority, 1996] et des enquêtes de terrain menées par l’OGD et d’autres [2] dans les années 1990, on peut tout de même affirmer que l’Afrique subsaharienne compte, en ce début du XXIe siècle, plusieurs dizaines de millions de consommateurs de cannabis. Elle constitue donc un marché de consommation important. Ces mêmes sources de « terrain » laissent en outre penser que ce marché grandit depuis le début des années 1980. Cette croissance s’explique largement par les effets négatifs des plans d’ajustement structurel sur les conditions de survie de la majorité de la population africaine, ainsi que par la multiplication des conflits armés sur le continent.
Même si l’option quantitative nous est fermée, on peut mettre au jour les effets stimulants de ces phénomènes sur la filière cannabis africaine en analysant la structure des marchés de consommation au moyen d’une approche qualitative, de type ethnographique.

Structure des marchés africains de consommation du cannabis

L’approche qualitative adoptée ici vise à révéler la structure des marchés de consommation de cannabis par référence aux représentations sociales qui déterminent l’usage de cette drogue illicite en Afrique [3]. Elle permet de classifier les consommateurs d’après leurs réponses à la question : « Pourquoi utilisez-vous le cannabis ?» On parvient de la sorte à établir une typologie des motifs de consommation tels que rapportés par les consommateurs eux-mêmes qui, bien que restant très générale, se révèle utile. On peut ainsi distinguer à grands traits trois types dominants d’usage du cannabis en Afrique subsaharienne, qui constituent donc les trois « segments » du marché de consommation où s’écoule le gros de la production continentale. Nous ne nous pencherons en quelque détail que sur un de ces segments, que nous avons baptisé « stratégique », qui est quantitativement le plus important, celui qui connaît la plus forte croissance et dont les implications sont les plus intéressantes pour notre problématique. Nous aborderons brièvement les deux autres segments, respectivement « récréatif » et « magico-thérapeutique ».
Le segment composé des usagers « récréatifs » est soutenu par une représentation associant les effets du cannabis au plaisir. Il apparaît comme plus prévalent en ville qu’en campagne. Le cannabis est ici consommé pour s’amuser, « s’éclater » lors de moments de détente, de loisir ou de fêtes, principalement par les jeunes des classes aisées africaines et expatriés (et les touristes), qui reproduisent un mode de consommation vraisemblablement importé d’Occident. En Afrique de l’Ouest, il est l’objet d’une forte réprobation sociale. Toutefois, dans diverses zones rurales le cannabis est considéré comme un facilitateur de convivialité et/ou de repos après le travail. Cet usage, socialement acceptable, peut encore se faire ouvertement dans certaines régions d’Afrique australe. Il est encadré par des normes de contrôle anciennes, dont l’origine remonte probablement à l’introduction du cannabis sur le continent africain. D’après l’hypothèse dominante d’une histoire encore très lacunaire, ce seraient des marchands arabes qui auraient introduit la plante sur le continent africain, via les comptoirs commerciaux qu’ils établirent sur la côte orientale (Kenya et Tanzanie actuels) « au plus tard au XIIe siècle ». Les migrations des Bantous vers le Sud l’auraient ensuite diffusé en Afrique centrale et australe [Du Toît, 1975, citation p. 84] [4].
Les représentations « magico-thérapeutiques » des effets du cannabis, qui définissent le deuxième segment, sont anciennes et vraisemblablement issues de l’acculturation des usages de la plante en Afrique à partir des comptoirs arabes déjà cités. Cette consommation, surtout présente en zone rurale, recherche dans le cannabis une grande variété d’effets magiques ou thérapeutiques, les deux se confondant souvent dans une aire culturelle où « médecine » et « magie », voire « religion », ne sont pas toujours différenciées. On sait que le « monde de l’invisible » constitue un aspect important, voire central, de la vie sociale, économique et politique africaine [Bayart, 1989], et on ne s’étonne donc pas qu’une drogue psycho-active aux effets réputés puissants (voir aussi infra) puisse se voir attribuer divers pouvoirs magiques. Quoi qu’il en soit, dans diverses régions d’Afrique subsaharienne, le cannabis peut faire l’objet d’une grande diversité d’usages « magico-thérapeutiques ». Ainsi, il est employé pour traiter des « cas de possession par un esprit maléfique », comme chez les Tonga de Zambie, ou encore lors de cérémonies funéraires, comme au Cameroun. Ailleurs, il est prescrit aux personnes âgées souffrant de rhumatismes, utilisé pour traiter les yeux et les oreilles, la tension nerveuse, les maux d’estomac, voire le paludisme, etc. Il a également des applications vétérinaires (pour les chevaux, les chèvres, les poulets, les vaches, selon les cultures), et peut même servir d’engrais et de pesticide.
Quant à la question de savoir si le cannabis a réellement les vertus thérapeutiques qu’on lui prête en Afrique, nous nous garderons bien d’y répondre, malgré son intérêt. Elle s’avère très complexe et ne recèle qu’une importance secondaire dans un exposé dont l’objectif est d’identifier les motifs du recours au cannabis, non d’évaluer le bien-fondé de tels motifs. Il faut souligner qu’étant donné la puissance des pouvoirs attribués au cannabis, de nombreuses sociétés africaines en codifiaient et réglementaient strictement les usages. En effet, d’après divers informateurs, l’abus de cannabis peut « rendre fous » certains consommateurs, un danger dont les contrôles coutumiers cherchent précisément à prémunir la société (ils n’y parviennent pas toujours, et un peu partout en Afrique, des personnes sont internées en hôpital psychiatrique suite à des diagnostics d’abus cannabiques). Plusieurs fois centenaires, ces contrôles coutumiers, et les diverses transgressions auxquelles ils peuvent donner lieu, sont encore en vigueur dans certaines zones rurales, en particulier en Afrique australe. Mais la prohibition « moderne » du cannabis, imposée par des lois nationales (parfois d’adoption très récente [5]) conformes à une législation internationale reflétant essentiellement des préoccupations et intérêts occidentaux [Brouet, 1991], tend à faire disparaître les contrôles coutumiers en interdisant tous les usages de la plante. En effet, même si ces législations ne sont pas appliquées sur le terrain aussi rigoureusement que leurs concepteurs le voudraient, elles tendent à dévaloriser les contrôles coutumiers en en criminalisant les acteurs. De plus, au vu des résultats plus que mitigés de la politique de prohibition répressive actuellement en vigueur, il est permis de douter que les mécanismes dits « de contrôle » instaurés par les législations modernes s’avèrent plus efficaces que les coutumiers... Malgré la prohibition, le cannabis reste très disponible et semble-t-il assez largement utilisé à des fins magico-thérapeutiques en Afrique. Il est vraisemblable que ce segment absorbe une portion de la production continentale de cannabis sans doute légèrement supérieure à celle du segment « récréatif ».

Des usages « stratégiques »

Le dernier segment du marché africain de consommation de cannabis – le plus important et qui connaît une forte croissance – est soutenu par des représentations « stratégiques » des effets de la plante. Les consommateurs ont ici une représentation utilitariste du cannabis, dont ils attendent une stimulation, généralement pour l’accomplissement d’activités économiques, c’est-à-dire liées à la survie, et qui impliquent d’exercer et/ou de subir une violence physique ou symbolique. Le recours au cannabis est ici fortement déterminé par la situation socio-économique des consommateurs.
Cette représentation des effets du cannabis est vraisemblablement ancienne. Ily a fort à parier qu’elle trouve son origine dans le monde arabe. Il est donc probable que Borrofica [ 1966] et les auteurs qui l’ont repris se trompent lorsqu’ils affirment que le cannabis a été introduit au Ghana et au Nigeria au milieu des années 1940, à la faveur de la Seconde Guerre mondiale, par des soldats enrôlés dans l’armée britannique et postés en Inde et en Birmanie [6]. Toutefois, on notera que cet auteur attribue à des militaires, dont le métier consiste à exercer et à subir des violences, l’introduction du cannabis dans ces deux pays. En effet, d’une manière générale, les forces armées sont depuis longtemps réputées en Afrique, et souvent avec raison, pour leur consommation, voire leur trafic, de cannabis.
On dispose de quelques indices permettant d’associer cette représentation « stratégique » au monde de l’invisible. Alors que dans le sud du Ghana le cannabis est parfois qualifié de « tabac du diable » (abonsan tawa), d’après une légende sénégalaise il serait celui des génies :
« À une époque qui se perd dans la nuit des temps, où l’homme et la bête se parlaient, un chasseur trouva un jour un lion blessé à la patte sous un tamarinier. Ilne le tua pas, mais le soigna, chassa et lui apporta à manger. Les jours passèrent, le lion guérit : “Tu m’as sauvé la vie, fit-il. En signe de reconnaissance, je vais t’indiquer l’herbe qui sert de tabac aux génies. Si tu es intelligent, elle te rendra plus intelligent encore; si tu es courageux, elle te rendra plus courageux encore; si tu es fort, elle te rendra plus fort encore...”» [Ndione, 1984].
Intelligence, courage et force, attributs essentiels du chasseur (et du guerrier) – figure centrale du monde symbolique africain [Bayart, 1989], dont la survie dépend de l’exercice de la violence et l’exposition au danger – et à ce titre fortement valorisés, sont donc directement associés au cannabis. On note néanmoins que, d’après la légende, le cannabis ne fait qu’accroître la puissance de vertus essentielles à la survie dont le consommateur doit être préalablement pourvu. Ildoit donc avant tout « y mettre du sien », la drogue n’ayant qu’un effet potentialisateur, magique mais pas trop, si l’on ose dire.
Ce segment du marché de la consommation, tel qu’il se donne à voir de nos jours en Afrique, est peuplé d’utilisateurs partis, pour ainsi dire, « à la chasse à l’argent », et qui cherchent à accroître leur courage, leur intelligence et leur force afin de faire face à des obligations socio-économiques. C’est ce qui ressort des entretiens que nous avons eus avec de tels consommateurs. Ils se recrutent aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, mais initialement surtout au sein des classes populaires, essentiellement masculines, chez les personnes exerçant desmétiers perçus comme difficiles parce que exigeant : force physique (ouvriers de la construction, mineurs, dockers, pêcheurs, livreurs, ouvriers agricoles, etc.); endurance et/ou de longues veilles (chauffeurs de taxi, de bus, de camion, policiers et militaires en faction de nuit, gardes privés, cireurs de chaussures, vendeurs à la sauvette etc.); courage (notamment pour passer outre un tabou) et/ou ruse (prostituées, voleurs, dealers, autres « professions » illicites, mendiants, militaires, policiers, etc.); et diverses combinaisons de ces attributs. Cette consommation a aussi été repérée chez les élèves et les étudiants, convaincus que le cannabis augmente les capacités intellectuelles et la mémoire.
Il est plus que vraisemblable que le nombre de ces consommateurs ait fortement augmenté depuis 1980, année à partir de laquelle l’Afrique subsaharienne dans son ensemble a été soumise à de multiples crises dont l’une des conséquences a été un considérable durcissement des conditions de (sur)vie. Ceci a vraisemblablement provoqué une extension de la consommation « stratégique » chez les classes moyennes, laminées par les crises et dont les journées de travail se sont allongées. En zones rurales, les crises agricoles déjà évoquées ont accru le recours aux effets « stratégiques » du cannabis. Par exemple, en Côte-d’Ivoire, certains producteurs de cacao se sont mis à consommer du cannabis (ou des amphétamines) pour compenser par leur propre force de travail la perte d’une main-d’œuvre salariée qu’ils ne pouvaient plus payer. Dans les villes, les plans d’ajustement structurel ont entraîné des baisses de salaire et des augmentations de prix (des aliments et vêtements, du logement, des transports, de l’éducation, etc.) résultant en des pertes brutales de pouvoir d’achat. Le dégraissage de la fonction publique, qui fournissait autrefois la majorité des emplois salariés dans de nombreux pays, a poussé nombre de fonctionnaires remerciés à « se débrouiller » dans le secteur informel, où les conditions de travail sont dures (en Europe, on les qualifierait d’inacceptables) et les revenus maigres et aléatoires. Les salaires, pour ceux qui en perçoivent encore, sont généralement si bas qu’il faut souvent les compléter par une activité supplémentaire, là encore fréquemment dans le secteur informel.
Le durcissement des conditions de vie de la majorité de la population africaine, couplé à l’existence de la représentation stratégique des effets du cannabis (un argument de vente de poids pour les marchands), a ainsi dopé le marché de consommation de ce produit. D’autant que son prix de vente au détail relativement bas [7] facilite encore le recours à cette drogue illicite. Même s’il ne convient sans doute pas de le qualifier de produit de consommation courante, le cannabis est en Afrique loin d’être un produit de luxe.
À partir des années 1990 dans de nombreux pays, un phénomène supplémentaire est venu renforcer la croissance de ce segment : l’éclatement de conflits armés. Bien qu’il n’existe, à notre connaissance, aucune étude sur le sujet [8], il fait peu de doute que la consommation de cannabis est extrêmement répandue chez les combattants, dont la plupart sont de jeunes hommes, voire des enfants-soldats utilisés du Sierra Leone à la République démocratique du Congo, et de l’Angola au Libéria, en passant par la Côte-d’Ivoire, le Congo-Brazzaville, le Tchad, l’Ouganda, le Soudan, etc. C’est en situation de combat qu’on a le plus besoin d’intelligence, de courage et de force. Notons au passage que des témoignages attribuent les atrocités commises lors de ces guerres au fait que leurs auteurs étaient sous l’emprise du cannabis. De surcroît, les conflits rendent plus difficiles encore les conditions de (sur)vie des populations non combattantes, dont certains membres ont sans doute recours aux effets « stratégiques » autant que « magico-thérapeutiques » du cannabis. Enfin, les armées régulières envoyées ici et là en mission de maintien de la paix fournissent un contingent supplémentaire de consommateurs.

Les dimensions stratégiques de la production et de la répression

L’association entre conflits armés et cannabis en Afrique ne relève pas exclusivement du domaine de la consommation. Le recours au cannabis peut en effet avoir des implications « stratégiques » au sens le plus courant du terme.
Dans la mesure où le cannabis est très largement consommé par les groupes armés aux prises en Afrique, qu’il sert au moins partiellement à contrôler, il est parfois devenu une denrée stratégique dont il faut maîtriser l’approvisionnement. Ainsi, les milices qui s’affrontaient au Congo-Brazzaville en 1993-1994 puis à nouveau en 1997 exerçaient un contrôle des plantations de cannabis situées sur leurs bases arrière. Les miliciens étaient payés en partie en cannabis [9]. Le contrôle des zones de production constituait apparemment un enjeu majeur pour l’entretien des troupes.
Comme c’est le cas sur d’autres continents pour d’autres plantes à drogues, production et trafic de cannabis peuvent servir en Afrique subsaharienne à financer des mouvements armés. Le conflit casamançais est l’exemple peut-être le mieux connu. Des observateurs estiment que les mouvements rebelles ont commencé à prélever des taxes sur les ventes de cannabis, produit en grande quantité en Casamance, dès le début des années 1980. Les revenus ainsi dégagés, de même que des opérations de troc armes contre drogues, auraient permis à la guérilla casamançaise d’améliorer son armement [OGD, 1998]. Au Libéria, lorsque Charles Taylor perdit le contrôle des zones aurifères et diamantifères en 1993, il eut un recours accru au cannabis produit sur les territoires qu’il maîtrisait encore afin de financer ses opérations militaires [10].
Ce recours au cannabis par des mouvements armés peut être facilité dans les territoires de conflit et d’insécurité, car les populations vivent dans une telle précarité qu’elles préfèrent abandonner leurs cultures vivrières traditionnelles de cycles longs au profit de celle du cannabis. Culture de cycle court, nécessitant relativement peu de travail et d’investissement et adaptable à une grande diversité de sols, le cannabis peut ainsi procurer des revenus permettant de faire face aux besoins alimentaires qui ne sont plus produits. Un tel phénomène a été documenté dans la région tchadienne de l’Ouddaï, proche de la frontière soudanaise, au milieu des années 1990 : soumise régulièrement à des incursions de bandes armées les paysans y ont abandonné la culture du mil pour celle du cannabis [11].
Les gouvernements en place ne se privent pas toujours d’instrumentaliser le besoin de réprimer la production d’une « drogue illicite » sur un territoire déterminé, souvent à grand renfort de publicité, alors même qu’ils préfèrent l’ignorer sur un autre (parfois parce que leurs membres en tirent directement profit, plus généralement parce qu’il constitue un réservoir électoral ou fournit un soutien politique d’une autre manière [12]). Ils en appellent alors habituellement à la nécessité de combattre le « fléau de la drogue » et à leur devoir envers la « communauté internationale », qui cautionne et participe au financement de ces politiques antidrogues.
Par exemple, ce n’est qu’à partir de 1995 que les forces armées de l’État sénégalais ont lancé des opérations en Casamance, officiellement destinées à l’éradication des cultures de cannabis. Le prétexte de la lutte contre les drogues a permis la reconquête d’un territoire qui échappait à l’autorité dakaroise. Dès 1996, le gouvernement soudanais lançait des opérations militaires « antidrogues » dans les régions du Darfour et du Bedja, qui s’avéraient être également des zones sensibles en termes de rébellion. Khartoum affirmait alors se cantonner à mener la politique recommandée par le Programme des Nations unies de contrôle international des drogues (PNUCID) [OGD, 1997].
Ces opérations sont pour la plupart menées avec une grande brutalité, et se traduisent généralement par la destruction de quelques récoltes de cannabis, lorsqu’elles ne changent pas simplement de propriétaire... Des paysans sans défense en sont le plus souvent les principales victimes.

Conclusion

Appréhender l’économie du cannabis sur le continent africain, c’est aborder les problèmes de développement, qu’ils soient économiques ou politiques, de ce continent et de sa position dans le monde. Cette dynamique met l’accent sur l’échec de l’aide au développement, les effets pervers, non mesurés et rarement reconnus, des politiques internationales qui ont été imposées aux pays de l’Afrique subsaharienne. Elle montre également leur capacité d’adaptation à répondre aux exigences de l’économie mondiale (avantages comparatifs, libéralisation des filières, etc.). Mais ce développement ne peut devenir durable compte tenu de la fragilité de cette économie illégale et de son effet de déstabilisation économique (impact sur la production alimentaire) et politique.
Le présent article donne à penser que les drogues contribuent plus à pérenniser qu’à bouleverser les mécanismes sociaux et économiques majeurs de l’Afrique. Si l’économie du cannabis peut apparaître comme facteur de stabilité sociale dans les zones rurales, elle peut aussi faciliter les mutations de nombreux secteurs économiques ainsi que du politique.
Dans les régions où la culture de cannabis s’est développée, elle est devenue une culture pivot qui, bien qu’elle permette le maintien des exploitations agricoles, les rend fragiles. Fragiles car elles dépendent pour leurs intégrations aux circuits marchands d’une seule culture, d’autant plus que les cultures vivrières sont en difficulté sur les marchés nationaux en raison de la concurrence internationale. Fragiles également face à la répression qui peut les ruiner du jour au lendemain.

BIBLIOGRAPHIE

BAYART J.-F., L’État en Afrique, Fayard, Paris, 1989.· BECKER H., Outsiders, Free Press of Glencoe, New York, 1963.· BORROFICA A., « Mental Illness and Indian Hemp in Lagos, Nigeria », in East African Medical Journal, 43,1966.· BROUET O., Drogues et relations internationales, Complexe, Bruxelles, 1991.· DU TOÎT, B., « Dagga : The History and Ethnographic Setting of Cannabis Sativa in Southern Africa », V. RUBIN (dir.), Cannabis and Culture, Mouton, LaHaye, 1975.· KOUROUMA A., Allah n’est pas obligé, Seuil, Paris, 2000.· LANIEL L., « Violencia y marihuana : usos del “tabaco del diablo” en el Ghana contemporáneo », S. INCHAURRAGA (dir.), Drogas y Drogadependencias, CEAD-SIDA, Rosario, 1997.· –, « Où va la production de cannabis ?», Les Drogues en Afrique subsaharienne, Karthala/ UNESCO, Paris, 1998a.· –, Le « Sommet de la drogue », New York 8-10 juin 1998, UNESCO, Paris, 1998b (www. unesco. org/ most/ laniel. htm). ·
LESOTHO HIGHLANDS DEVELOPMENT AUTHORITY, Baseline Epidemiology and Medical Services Survey. Mental Health and Substance Abuse, Final Report, Maseru, 1996.· NDIONE A., La Vie en spirale, Les Nouvelles Éditions africaines, 1984.· NORTEY D. et SENAH K., Epidemiological Study of Drug Abuse among the Youth in Ghana, UNESCO, Accra, 1990.· OGD, Afrique de l’Ouest : étude de la production de drogues et du trafic local, en particulier de la culture du cannabis, OGD/Commission européenne, Paris, décembre 1995.· –, Étude sur la situation des drogues en Afrique centrale, OGD/Commission européenne, Paris, février 1997.· OGD, La situation des drogues en Afrique australe, OGD/Commission européenne, Paris, mars 1998.· –, La Géopolitique mondiale des drogues 1995-1996, rapport annuel, Paris, septembre 1997.· –, La Géopolitique des drogues 1997-1998, rapport annuel, Paris, octobre 1998.· OGD/Commission européenne, Impact socio-économique de la culture de cannabis en Afrique centrale, OGD/PNUCID, Paris, juin 1998.· RUBIN V. (dir.), Cannabis and Culture, Mouton, LaHaye, 1975

NOTES [*] Pascale Perez est docteur en géographie. De 1994 à 1998, elle travaille à l’OGD où elle est chargée du secteur Afrique et réalise les travaux cartographiques de l’Observatoire; elle est co-auteur de l’Atlas mondial des drogues. De 1999 à 2003, elle intègre l’Institut des hautes études de la sécurité intérieur (IHESI) où elle mène notamment un projet sur la cartographie de la criminalité. Actuellement elle est responsable du pôle Ingénierie du Cabinet Althing ((pa_perez@ club-internet. fr). Laurent Laniel est actuellement chargé de recherche à l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI). Chargé d’étude à l’Observatoire géopolitique des drogues (OGD) entre 1995 et 2000, consultant et membre du réseau MOST-drogues de l’UNESCO entre 1997 et 2002, il a été co-auteur du rapport final Drugs, Globalization and Criminalization (UNESCO, Paris, 2002). Doctorant en sociologie à l’EHESS (CIRPES), il est également auteur et traducteur de divers articles relatifs au trafic de drogues et à sa répression. Dernier article paru : « La guerre à la drogue aux États-Unis après le 11 septembre » ( Diplomatie, n° 1, janvierfévrier 2003). [1] Des études agro-économiques auprès des producteurs ont été menées en Gambie, au Sénégal, en Guinée-Conakry, au Togo, en Côte-d’Ivoire, au Cameroun, en RDC. Des éléments supplémentaires ont été recueillis en Afrique du Sud, au Congo-Brazzaville, au Lesotho, en Zambie, au Malawi, etc. [2] En particulier l’enquête menée en 1996 par la LIPILDRO (association de lutte contre les drogues et les toxicomanies basée à Kinshasa) dans cinq régions de ce qui était alors le Zaïre. [3] Cette approche a été initialement mise en œuvre lors d’une étude de l’OGD au Ghana en 1995, ses résultats ont été confirmés par les enquêtes postérieures de l’OGD dans d’autres pays africains. Elle trouve son fondement théorique dans l’œuvre du sociologue Howard BECKER, Outsiders [ 1963], en particulier le chapitre III : « Comment on devient fumeur de marijuana ». Pour plus de détails, voir Laniel [ 1997]. [4] D’après Du Toît, le premier indice archéologique de la présence du cannabis sur le continent africain est une pipe du XIIIe siècle contenant des graines de cette plante, découverte sur le territoire de l’actuelle Éthiopie. Des vestiges cannabiques bien plus anciens ont été mis au jour au Moyen-Orient. [5] Au Mozambique, par exemple, l’usage du cannabis était légal jusqu’en 1998; voir [Laniel, 1998]. [6] Il est vrai qu’à l’inverse de l’Afrique australe [Du Toît, 1975] on ne dispose en Afrique de l’Ouest d’aucune étude historique sur le sujet. Toutefois, étant donné que les régions nord du Ghana et du Nigeria actuels ont été islamisées dès le XVe siècle, qu’elles sont traversées par des routes caravanières centenaires transportant des produits issus du monde arabo-musulman, et que leurs zones sud sont parmi les premières d’Afrique à avoir été connectées au commerce maritime européen, il est très probable que le cannabis y ait été connu bien avant le milieu du XXe siècle (les premiers Européens à s’être installés en Afrique subsaharienne sont des Portugais, qui fondèrent dès 1492 le fort de São Jorge da Mina sur le site de l’actuelle ville ghanéenne d’El Mina). [7] Dans l’immense majorité des pays, une dose de cannabis coûte sensiblement le même prix qu’un petit verre d’alcool local ou qu’une cigarette d’importation vendue au détail, et moins cher qu’une bouteille de bière brassée localement. [8] Faute de recherche universitaire, l’usage de cannabis par les enfants-soldats d’Afrique est illustré dans des romans, dont Allah n’est pas obligé (Seuil, Paris, 2000) du grand auteur ivoirien récemment décédé Ahmadou Kourouma. [9] Les troupes d’élite recevaient de la cocaïne. [10] « Libéria : trafic d’une guerre oubliée », La Dépêche internationale des drogues, février 1994. [11] « Tchad : le salaire de la guerre », La Dépêche internationale des drogues, mars 1994. [12] Des cas correspondant à cette dernière alternative ont été documentés en Afrique du Sud, au Lesotho et au Zimbabwe.

 

L'Afrique: c'est là qu'auront lieu les prochaines guerres du pétrole

 
Le 7 février dernier, George Bush a annoncé la création d'AFRICOM, un nouveau commandement du Pentagone qui, sous prétexte de "Guerre mondiale contre le terrorisme" va organiser et mettre à exécution ses guerres du pétrole et des ressources naturelles sur le continent africain. Qu'est-ce que cela implique-t-il pour la population noire en Amérique? Et pour les Africains? Le Pentagone refuse de reconnaître qu'une série de bases militaires américaines ont été installées ou sont en passe de l'être dans toute l'Afrique. Mais, nul doute, le processus de formation d'une force militaire américaine sur le continent africain est bien enclenché. Depuis le Nord de l'Angola, riche en pétrole, jusqu'au Nigeria, depuis le Golfe de Guinée jusqu'au Maroc et en Algérie, depuis la Corne de l'Afrique jusqu'au Kenya et en Ouganda, et le long des circuits des oléoducs depuis le Tchad jusqu'au Cameroun à l'ouest, et du Soudan à la Mer Rouge à l'est, les amiraux et les généraux américains ont atterri partout, à la rencontre des responsables locaux.

Ils ont effectué des études de faisabilité, conclu des accords secrets et dépensé des millions de dollars sur leurs budgets occultes. Leurs nouvelles bases ne sont pas du tout des bases, d'après les dires des autorités militaires. Ce sont plutôt des "avant-zones de transit"et des "étapes maritimes pour les camions" pour le transport du matériel dont ont besoin les forces terrestres américaines sur le continent africain. Ce sont des lieux d'ancrage protégés, des "feuilles de nénuphar" (NDLT: dans le texte: "lily pads", sortes de bases virtuelles), depuis lesquels ils comptent mener leur prochaine série de guerres du pétrole et des autres ressources naturelles pour les cent prochaines années.

Prexy Nesbitt, de Chicago, l'un des architectes du mouvement anti-apartheid aux Etats-Unis dans les années 70 et 80, explique l'importance pour les Noirs américains de cette annonce, faite par Bush le 7 février, de la création d'AFRICOM, le nouveau commandement du Pentagone pour le continent africain.

" Cela a une importance énorme pour les Africains parce que tous les Africains, depuis les modestes travailleurs jusqu'aux élites universitaires, suivent avec beaucoup d'intérêt ce que font les Etats-Unis, partout où ils sont dans le monde. De plus en plus de Noirs américains s'intéressent de près aux agissements des Etats-Unis en Afrique, mais pas assez encore … Ce que nous constatons (c'est) … l' implantation militaire des Américains sur le continent africain et que cette implantation est motivée par la quête de nouvelles sources de pétrole et d'autres minéraux ".

En d'autres termes, c'est une affaire de pétrole. Et de diamants, d'uranium et de *coltan (*NDLT: minerai utilisé en électronique et en aéronautique). Mais essentiellement de pétrole. L'Afrique Occidentale possède à elle seule 15% des réserves mondiales, et est censée fournir, d'ici 2015, plus d'un quart de la consommation domestique en Amérique. La plus grande partie du pétrole d'Arabie Saoudite et du Moyen Orient échoue en Europe, au Japon, en Chine et en Inde. C'est le pétrole africain qui, de plus en plus, permet aux Etats-Unis de fonctionner.

Pollution des sols dans le Delta du Niger
Pour avoir une idée des projets des Américains pour les cent prochaines années à l'égard des populations et des ressources en Afrique, il suffit de voir ce qui se passe au Nigeria Oriental. Les compagnies pétrolières américaines et les multinationales comme Shell, BP et Chevron (qui avait appelé un de ses pétroliers du nom d'un des membres de son conseil d'administration, Condoleezza Rice) ont pillé impitoyablement le delta du Niger pendant toute une génération. Là où il y avait des populations pauvres mais autonomes économiquement avec des terres agricoles et des pêcheries prospères, se développe aujourd'hui un désastre écologique aux proportions épouvantables. La terre, l'air et l'eau sont de plus en plus pollués, mais la population de la région n'a pas d'autre endroit où aller.

D'après les chiffres de la Banque Mondiale, 20% des enfants meurent avant l'âge de 5 ans. Et selon un rapport en 2005 d'Amnesty International, l'extraction du pétrole a permis d'encaisser des centaines de milliards de dollars.

"(Mais ses habitants) sont les plus déshérités des régions pétrolières du monde (70% d'entre eux vivent de moins d'un dollar US par jour). Et malgré cette manne, le prix du pétrole ayant plus que doublé ces deux dernières années, le gouvernement a été incapable de créer les services, les infrastructures et les emplois nécessaires à la région".

Preuve de leur mépris à l'égard de la vie des populations locales africaines et de leurs moyens de subsistance, le gaz naturel qui se trouve dans les réservoirs de pétrole, dont les coûts d'exploitation sont plus élevés que pour le pétrole, est tout bonnement brûlé sur des sites en Afrique.

On estime à près de 900000 mètres cubes par jour la quantité de gaz naturel ainsi brûlé pendant les années 90. De nombreux sites de brûlage de gaz, d'après la population locale du Delta du Niger, brûlent sans discontinuer depuis plus de 20 ans, engendrant des brouillards et des pluies acides, des dépôts de suie et de produits chimiques qui anémient ou tuent les poissons de l'océan et des cours d'eau et le bétail, et polluant le peu qui reste de production agricole.

Pour cette raison, aux Etats-Unis, il est interdit depuis longtemps de brûler le gaz sur les sites pétroliers. Mais de nombreux villages sur le delta d'un des plus grands fleuves du monde dépendent totalement aujourd'hui de l'eau qui est acheminée par camion.

Selon le professeur Nesbitt: " Il y a des années de cela, des membres de l'"American Committee on Africa" ont ramené une série de diapositives qui montraient la vie de populations sur des terrains recouverts de boues visqueuses de pétrole et qui buvaient de l'eau contenant de la boue de pétrole. C'était épouvantable de voir ça … Pour autant qu'on sache, il n'y a pas eu de changement notable (en 15 ans environ) sauf que maintenant, un mouvement pour la justice est en train de se créer .
Mais le commandement militaire américain a indiqué … s'est associé, en réalité, avec le gouvernement d'Obasanjo … pour contrôler ce mouvement pour la justice. Certains propos très explicites ont été tenus par les responsables militaires américains; ils seront préparés militairement à entrer dans l'arène … afin d'assurer la protection de cette source de pétrole pour les Américains ".
Les populations africaines locales veulent être respectées et avoir leur part de ce qui après tout est leur propre pétrole. Elles sont actuellement souvent violemment réprimées au Nigeria oriental, en Guinée Equatoriale et ailleurs, par des troupes africaines entraînées et équipées grâce à l'argent du contribuable américain. Si la résistance se poursuit, et cela sera probablement le cas, l'Amérique est prête à investir dans du matériel supplémentaire, avec les conseillers militaires et civils qui vont avec, et puis des bombes, des balles et s'il le faut, des victimes américaines. C'est ça AFRICOM, et c'est ce à quoi il va s'occuper au cours des cent prochaines années.

L'empire en Afrique: des opportunités pour les Noirs américains?

Doug Lyons, chroniqueur noir américain au " Sun Sentinel " d'Orlando est un de ces Noirs américains abominables qui voient dans ces investissements destinés à l'exploitation sans merci du berceau de l'humanité de grandes opportunités professionnelles et commerciales pour quelques hommes (et femmes) de main noirs.

" AFRICOM ne devrait pas être rejeté comme étant un nouvel élément du complexe industriel militaire de notre pays. Il offre également une chance exceptionnelle à l'Amérique noire … Il donne la possibilité à ceux qui s'intéressent à l'héritage africain et afro-américain d'en apprendre davantage sur l'Afrique et sur ses liens avec l'Amérique … Ces connaissances devraient permettre une meilleure appréhension des cultures et donner de plus grandes possibilités d'échanges commerciaux des deux côtés de l'Atlantique, et par ailleurs d'élargir les possibilités pour les Afro-américains de s'investir dans le commerce mondial et dans le corps diplomatique …

( imaginez) les possibilités. Ce système est sur le point d'être mis en place et quelques privilégiés triés sur le volet vont avoir la chance d'écrire un nouveau chapitre de l'histoire des Noirs "…

AFRICOM, c'est certain, va ouvrir de nouveaux horizons dans les hautes sphères de l'entreprise, de l'armée et des services secrets à une poignée de Noirs américains hautement qualifiés. Ceux qui ont un peu d'imagination n'ont pas besoin d'aller voir plus loin que " GoodWorks international ", la compagnie de conseillers en management créée par Andrew Young, l'ancien maire d'Atlanta, ambassadeur de l'ONU et collègue de Martin Luther King. La firme GoodWorks ajoute en effet un chapitre à l'histoire des Noirs, en même temps qu'elle récolte des caisses de dollars grâce à des clients comme Barrick Gold, une entreprise en liaison avec Bush et dont les mines au Congo servent à alimenter une guerre civile sanglante qui a fait à ce jour 5 millions de morts. La compagnie de Young bénéficie de relations étroites et lucratives avec le mystérieux Maurice Templesman, qui joue un rôle important depuis des dizaines d'années dans le commerce sanglant des diamants. Lobbyiste attitré du gouvernement nigérian à Washington, il est impliqué dans au moins une affaire de blanchiment d'argent pour le compte d'Obasanjo, le président nigérian, et sert par ailleurs de façade à diverses multinationales de pétrole et de ressources minérales sur le continent africain.

" Il y a un nombre croissant d'une certaine catégorie de Noirs américains qui … n'ont aucun sens de leurs responsabilités vis-à-vis du continent africain, qui n'éprouvent aucune honte, qui sont sans attaches, et qui sont incapables de jouer un quelconque rôle. Je pense que nous voyons cela avec Condoleezza Rice. Nous voyons cela de façon encore plus évidente avec certaines autres nominations récentes, comme par exemple, la nouvelle secrétaire d'état aux Affaires Africaines. Elle semble se soucier énormément, étant donné son passé et son expérience en matière militaire, du genre de rôle qu'elle va jouer dans le système. Donc, nous voyons souvent émerger des Noirs américains au service du système, les gendarmes, si vous voulez, de ce système qui vise à recoloniser l'Afrique, à la fois militairement et commercialement ".

Nesbitt semble être d'accord avec Doug Lyons, à sa façon. AFRICOM va en effet ouvrir de nouveaux horizons à une poignée de Noirs américains diplômés dans les domaines de l'entreprise, de l'armée et des services secrets. Andy et Condi ont été les premiers mais peut-être pas les derniers. Il y a encore plein de mines d'or en Afrique, de pétroliers et de charniers auxquels les Noirs américains pourront donner leur nom. Nous avons demandé au Professeur Nesbitt ce que le "Congressional Black Caucus" (NDLT: comité regroupant les membres noirs – démocrates, du moins - du congrès américain ) et le Noir américain ordinaire devraient faire ici pour stopper l'intervention militaire américaine imminente sur le continent africain: " Il faut que du Congressional Black Caucus s'élève une voix plus forte. Il faudrait que le Comité milite activement contre ces projets et contribue à sensibiliser et à éduquer les masses de Noirs américains dans tout le pays afin d'empêcher que ne s'écrivent les mêmes pages d'histoire des Etats-Unis en leur laissant croire qu'ils n'ont pas à se soucier de répercussions éventuelles sur la population la plus concernée … c'est-à-dire, nous, qui faisons partie de la diaspora africaine. Je pense que nous sommes à un tournant important des relations entre les Noirs américains en général et le continent africain .
L'Afrique est une partie du monde qui possède d'immenses richesses et d'énormes ressources. Mais au cours de l'histoire, elle n'a connu que le système capitaliste qui s'est employé à la dépouiller de ses richesses. Je pense que le défi qu'ont à relever les Américains (les Américains qui se soucient des autres, ceux qui se soucient de la planète) c'est: quelles actions mener pour aider les Africains à faire cesser ce viol et ce pillage perpétuels du continent africain ".

George Bush, les grosses compagnies pétrolières, Andy Young et le Pentagone mettent déjà en œuvre leur dessein pour l'Afrique. Il ressemble au Nigeria, cas classique d'un pays riche peuplé de pauvres. Il ressemble beaucoup à cette décharge stérile, polluée et purulente du Delta du Niger, où ils ont eu les mains libres pendant des dizaines d'années.
Et quand les Africains chercheront à résister, comme ils vont certainement le faire, ils utiliseront le plan B, c'est-à-dire qu'ils traiteront de "terroristes" les Africains qui veulent avoir la maîtrise de leurs propres ressources, et grâce à AFRICOM, ils déploieront les forces militaires américaines pour dompter les Africains et mettre leurs ressources sous clé. Il est temps que l'Amérique noire et que le Comité suivent les conseils du Dr Nesbitt: il nous faut élaborer nos propres plans pour faire cesser plus de 500 ans de pillage de l'Afrique par les Occidentaux et empêcher l'armée américaine et AFRICOM de pénétrer sur le continent africain.

Bruce Dixon est gérant de Black Agenda Report . He can be contacted at: Bruce.Dixon@BlackAgendaReport.com.

Source http://www.dissidentvoice.or...

 
YouTube prêt à payer ses auteurs
Le site d'échanges de vidéos YouTube envisage de partager ses recettes publicitaires avec les auteurs des vidéos qu'elle diffuse.
C'est une nouvelle qui va réjouir bon nombre d'internautes. Dans des interviews accordées au Financial Times et à la BBC , Chad Hurley, co-fondateur de YouTube récemment racheté par Google pour 1,65 milliards de dollars, précise sa proposition, faîte samedi en marge du sommet de Davos, de rémunérer les auteurs des vidéos mises en ligne grâce aux recettes publicitaires du groupe.
Un nouveau dispositif sera mis en place avec la diffusion de spots publicitaires qui accompagneront la vidéo. Ils ne devraient toutefois pas excédé les trois secondes. Cette offre concerne les auteurs de plein droit des vidéos disponibles au téléchargement, c'est-à-dire ceux qui ont intégralement réalisés la vidéos mises en ligne. Ce système devrait être installé progressivement, sans préciser ni la date, ni le montant de la rémunération qui sera accordée D'autres sites, comme «Revver» ou «3» au Royaume-Uni ont déjà adopté ce système pour les auteurs de

Les deux fondateurs de YouTube, Chad Hurley, 29 ans, et Steven Chen, 27 ans.
vidéos grand public qui génèrent des revenus publicitaires.
Un changement de politique
Le PDG de YouTube, utilisé chaque mois par plus de 70 millions d'internautes, avait refusé jusqu'à présent de mettre en place une tel modèle qui n'était pas selon lui, «la meilleure façon de bâtir une communauté». Mais depuis le rachat du site par Google, le public s'est considérablement élargi et rend désormais possible le partage des recettes publicitaires avec les auteurs des vidéos.
Alors que YouTube fait actuellement l'objet d'une citation à comparaître de la télévision Fox pour la diffusion sans autorisation des récents épisodes «24 heures» et «Les Simspon», la direction du site travaille à l'élaboration de systèmes permettant de protéger les droits d'auteurs. En apposant une sorte "d'empreinte digitale sonore" pour s'assurer que les maisons de disques sont payées pour l'utilisation de leurs chansons dans les clips diffusés par YouTube.