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La Côte d'Ivoire: Chronologie (1958-2007)
 
Polémique autour du désarment: Ce que disent les Accords de Linas-Marcoussis et de Ouaga
 samedi 8 mars 2008 - Par Le Nouveau Réveil
Un débat à la fois faux et idiot. C`est ainsi que le Chef de l`Etat Laurent Gbagbo et son Premier ministre Guillaume Soro ont qualifié le débat qui alimente les conversations dans les rues d`Abidjan mais aussi et surtout les QG des formations politiques. Il s`agit de celui relatif à l`organisation des élections avant ou après le désarmement. Profitant de la journée de l`anacarde qui a eu lieu vendredi dernier à Korhogo, Guillaume Soro a lancé le débat. "Je trouve le débat sur les élections avant ou après le désarmement idiot". Il a été rejoint par Gbagbo. Dans une interview accordée à la Radio des Nations Unies en Côte d`Ivoire, ONUCI FM, le Chef de l`Etat a déclaré ceci : "Ça, c`est un faux débat, c`est un faux débat. Il faut appliquer les textes de l`accord. Je me souviens que quelqu`un a dit que ce débat était idiot et il n`avait pas tort. Parce que ce débat n`a pas sa raison d`être. Nous, notre objectif c`est d`appliquer l`accord que nous avons signé.
Or l`accord que nous avons signé dit de faire le désarmement. Donc nous allons faire le désarmement. Nous allons le faire. Dans la question du désarmement, il y a cette question des grades." Sans soutenir clairement leurs positions, Gbagbo et Soro, entretiennent le flou dans les esprits de leurs partisans. Contrairement à Alassane Ouattara qui a clairement affirmé sa position. Pour le président du RDR, les élections peuvent se tenir avant le désarmement. Il s`est appuyé sur les cas de certains pays qui ont connu la guerre et où les élections se sont tenues pendant que les gens étaient en armes. ADO soutient que dès lors que les soldats et les armes sont cantonnés et ne circulent plus dans les rues, l`atmosphère peut permettre d`aller aux élections. Le désarmement proprement dit, c`est-à-dire, le dépôt définitif des armes, doit être l`affaire du nouveau régime. C`est celui-ci qui doit récupérer les armes des ex-belligérants. Il venait ainsi de rejoindre la position du Président Henri Konan Bédié qui milite également pour des élections sans un dépôt définitif des armes. La plus grande préoccupation est de savoir ce que le commun des Ivoiriens entend par "désarmement". Pour que les uns et les autres le comprennent bien, nous avons cherché et trouvé ce que disent notamment les différents accords signés par Gbagbo et Soro sur la question. Le désarmement selon l`Accord de Linas-Marcoussis signé le 24 janvier 2003. Cet accord qui est l`un des tout premiers accords signés entre le régime et ceux qu`on appelait encore dans le temps, les rebelles, a défini en son point VII, la question.
" (…) Dès sa prise de fonctions, le gouvernement de réconciliation nationale entreprendra le processus de regroupement concomitant des forces en présence sous le contrôle des forces de la CEDEAO et des forces françaises. 2) Dans une seconde phase, il déterminera les mesures de désarmement et de démobilisation, qui seront également menées sous le contrôle des forces de la CEDEAO et des forces françaises. 3) L`ensemble des recrues enrôlées depuis le 19 septembre seront immédiatement démobilisées. 4) Le gouvernement de réconciliation nationale assurera la réinsertion sociale des militaires de toutes origines avec l`appui de programmes de type Désarmement Démobilisation Rapatriement Réinstallation Réinsertion (DDRRR) susceptibles d`être mis en oeuvre avec l`appui des partenaires de développement internationaux.
5) Le gouvernement de réconciliation nationale prendra les mesures nécessaires pour la libération et l`amnistie de tous les militaires détenus pour atteinte à la sûreté de l`Etat et fera bénéficier de la même mesure les soldats exilés. La loi d`amnistie n`exonérera en aucun cas les auteurs d`infractions économiques graves et de violations graves des droits de l`homme et du droit international humanitaire. 6) Le gouvernement de réconciliation nationale procèdera à un audit de ses forces armées et devra déterminer dans un contexte économique difficile le niveau des sacrifices qu`il pourra consentir pour assurer ses obligations en matière de défense nationale. Il réalisera sur ces bases la restructuration des forces armées et demandera à cette fin des aides extérieures. (…) "
Puis vint l`Accord politique de Ouaga signé dans la capitale du pays des hommes intègres le 4 mars 2007 entre Gbagbo et Soro. Accord à l`issue duquel le second est devenu le Premier ministre du premier. Au point III intitulé " Des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d`Ivoire " l`Accord de Ouaga définit lui aussi la question du désarmement. Le désarmement selon l`Accord de Ouaga signé le 4 mars 2007
"(…) 3.2. Du Programme National de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion
3.2.1. Les Parties au présent Accord conviennent de procéder, dans les meilleurs délais, au désarmement des forces en présence conformément aux recommandations des Accords de Linas-Marcoussis et aux modalités prévues dans les accords militaires suivants :
Le Plan Conjoint des Opérations du DDR (PCO) signé le 09 janvier 2004 et actualisé lors du séminaire sur le désarmement organisé du 02 au 06 mai 2005 à Yamoussoukro sous l`égide de la médiation Sud-africaine ;
Le Programme national de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion (PNDDR/RC) et son chronogramme, adoptés le 9 juillet 2005 à Yamoussoukro ;
Les conclusions de la séance de travail tenue à Yamoussoukro le samedi 14 mai 2005 entre les Chefs d`Etat-major (CEM) des FDS et des FAFN. 3.2.2. Les Parties conviennent d`accélérer le démantèlement et le désarmement des milices.
3.2.3. Les Parties conviennent d`accélérer le processus de regroupement sur les dix sept (17) sites préalablement localisés et d`exécuter le chronogramme du PNDDR actualisé.
3.3. Le Service civique
3.3.1. Les deux (02) Parties conviennent que le Service civique, destiné à encadrer toute la jeunesse de Côte d`Ivoire et à la former en vue d`un emploi, accueillera également tous les jeunes qui se sont familiarisés avec le maniement des armes pour les besoins de la guerre, dans le but de les encadrer et de les former pour de futurs emplois civils ou militaires.
3.3.2. L`organisation et le fonctionnement du Service civique seront définis par décret pris en Conseil des Ministres (…) "
En dépit de tous ces efforts pour clarifier la notion du désarmement, il semble que celle-ci soit encore au centre des débats. C`est peut-être pour ces raisons que les deux ex-belligérants ont, une fois de plus signé les accords complémentaires à l`Accord politique de Ouagadougou. C`était le 28 novembre de l`année dernière. Cet autre accord signé sous les auspices du facilitateur de la crise ivoirienne, Blaise Compaoré comme le précédant, fait encore cas du désarmement.
Le désarmement selon les Accords
complémentaires de Ouaga signés
le 28 novembre 2007
" (…) Article 1 : les deux Parties décident que le Regroupement des ex-combattants, le stockage des armes et le démantèlement des milices débuteront au plus tard le 22 décembre 2007, sous la conduite du Centre de commandement intégré (CCI) et la supervision des Forces impartiales.
Pour opérationnaliser le Regroupement, les deux Parties décident de démarrer le recrutement pour le service civique au plus tard le 22 décembre 2007, conformément au paragraphe 3 de l`accord politique de Ouagadougou, sur la base des sites déjà aménagés à cet effet.
Article 2 : Aux fins de facilitation du processus de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion (DDR), prévu au paragraphe 3.2.1 de l`Accord politique de Ouagadougou, les deux Parties conviennent de faire verser par le Gouvernement une allocation forfaitaire mensuelle, dont les montants seront précisés par décret pris en Conseil des Ministres, pour assurer les opérations de démobilisation, l`alimentation et la prise en charge des ex-combattants, jusqu`à leur réinsertion ou leur intégration dans les nouvelles Forces de Défense et de Sécurité(FDS) ou dans la vie civile (…)". Comme on le voit, le désarmement a été et continue d`être au cœur de toutes les négociations depuis l`éclatement de la guerre en 2002. Près de six ans plus tard, il demeure toujours d`actualité. Alors après la lecture de ces différents ``accords`` sur la notion, question à dix mille dollars. "Les élections doivent ou peuvent-elles se tenir avant ou après le désarmement ?" Les jeux sont ouverts.

Yves-M. ABIET
 
La Côte d'Ivoire: Chronologie (1958-2007)
LEXPRESS.fr - 02/07/2007 par Catherine Gouëset -

1958 : territoire français d'outre-mer depuis 1956, la Côte d'Ivoire devient République autonome de Côte d'Ivoire. Félix Houphouët Boigny accède à la présidence en 1959. Il sera constamment réélu jusqu'à sa mort en décembre 1993.
Août 1960 : la Côte d'Ivoire accède à l'indépendance.
1983 : Félix Houphouët Boigny fait de Yamoussoukro, sa ville natale, la capitale du pays.
Mars 1990 : instauration du multipartisme, sous la pression de la rue. Le pays traverse une grave crise en raison de la chute des cours du cacao et du café, fondement de l'économie ivoirienne.
Octobre 1990 : à 85 ans, Félix Houphouët Boigny entame un septième mandat. Il a remporté les élections aux dépends du candidat socialiste Laurent Gabgbo.
Novembre 1990 : un amendement constitutionnel précise que le président de l'Assemblée nationale, Henri Konan Bédié, le protégé du chef de l'état, assumera le mandat présidentiel en cas de vacance du pouvoir. Après les législatives, Alassane Ouattara, ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest, est imposé comme premier ministre par le Fonds monétaire international (FMI).
Mai 1991 : agitation étudiante. Une commission d'enquête établira la responsabilité du chef d'état-major Robert Gueï dans la brutale répression qui a suivi.
Février 1992 : le refus par Houphouët Boigny de sanctionner Robert Gueï déclenche les protestations des forces démocratiques. Plusieurs dirigeants de l'opposition, dont Laurent Gbagbo, sont emprisonnés. Ils seront amnistiés en juillet.
1993 : à la mort de Félix Houphouët Boigny, son successeur désigné, Henri Konan Bédié, assume la présidence. Alassane Ouattara démissionne de son poste de premier ministre. Konan Bédié écartera progressivement tous les proches de ce dernier.
1995 : Bédié est élu président lors d'un scrutin boycotté par l'opposition, qui dénonce le manque de transparence. Le code électoral utilise le concept d'«ivoirité» pour invalider la candidature d'Alassane Ouattara, dont le père est d'origine burkinabé.
1998 : la modification de la constitution renforce considérablement le pouvoir présidentiel. La préparation de la campagne présidentielle 2000 se déroule sur fond d'ethnicisation de la vie politique.
24 décembre 1999 : une mutinerie de soldats se transforme en coup d'état. Le général Robert Gueï, ancien chef d'état-major, annonce la mise en place d'un Comité national de salut public (CNSP).

2000
Janvier : la junte forme un gouvernement de transition avec, notamment, le Rassemblement des Républicains (RDR) d'Alassane Ouattara et le Front populaire ivoirien (FPI, socialiste) de Laurent Gbagbo. Le général Gueï est proclamé «président de la République, président du CNSP et ministre de la Défense».
12 mai : après une série de consultations électorales, la junte programme le retour à la démocratie pour fin octobre.
16 mai : interdiction est faite aux leaders politiques de quitter le pays sans autorisation préalable. Deux jours plus tard, les ministres proches d'Alassane Ouattara sont limogés.
23-24 juillet : une nouvelle constitution est adoptée par référendum, avec 86% des suffrages. Tous les partis ont appelé à voter «oui», y compris le parti d'Alassane Ouattara. Le texte stipule que le candidat à la présidence «doit être Ivoirien de père et de mère eux-mêmes Ivoiriens» et qu'il «ne doit pas s'être prévalu d'une autre nationalité», ce qui exclu Alassane Ouattara.
22 octobre : l'élection présidentielle se déroule sans incident majeur. Le RDR et le PDCI ont appelé au boycottage du scrutin.
24 octobre : le ministère de l'Intérieur annonce la victoire du général Gueï qui décrète un couvre feu et l'état d'urgence. Laurent Gbagbo se déclare «chef de l'Etat» et appelle ses militants à descendre dans la rue. Le lendemain, plusieurs centaines de milliers de civils répondent à son appel. La présidence tombe aux mains de forces de sécurité favorables à Laurent Gbagbo. L'armée se met «à la disposition» du futur président.
26 octobre : de violents affrontements éclatent entre militants nordistes musulmans partisans du RDR d'Alassane Ouattara et militants sudistes du FPI de Laurent Gbagbo. Ils font plus d'une centaine de tués. La Commission nationale électorale proclame la victoire de Laurent Gbagbo, élu président de la République au premier tour avec 59% des suffrages.
27 octobre : un charnier contenant 57 corps est découvert à Yopougon dans la banlieue d'Abidjan.

1er décembre : la candidature aux élections législatives de décembre d'Alassane Ouattara, est rejetée par la chambre constitutionnelle de la Cour suprême. Son parti annonce qu'il ne participera pas au scrutin.
3 décembre : après le rejet de la candidature d'Alassane Ouattara, l'Union européenne suspend son aide à l'organisation des législatives.
4 décembre : Laurent Gbagbo décrète l'état d'urgence et impose un couvre-feu. Une manifestation du RDR dégénère, entraînant 48 heures de troubles violemment réprimés, qui se seraient soldés par une vingtaine de morts.
5-6 décembre : l'ONU et l'OUA retirent leurs observateurs électoraux.
10 décembre : le FPI de Laurent Gbagbo remporte les élections législatives avec 96 élus, contre 77 au PDCI, l'ex-parti unique.
2001
7-8 janvier : selon un rapport officiel, les violences de l'hiver 2000 ont fait 303 morts et 65 disparus.
25 mars : les élections municipales constituent une revanche pour le RDR qui conquiert 64 communes. Le PDCI en remporte 58, les listes «indépendantes» 38, et le FPI du président Gbagbo 34.
9 octobre : ouverture d'un «Forum pour la réconciliation nationale», censé mettre fin aux tensions socio-politiques.
30 novembre : Alassane Ouattara, qui vit en France depuis novembre 2000, rentre à Abidjan, pour participer au «Forum pour la réconciliation nationale».

2002
5 août : formation d'un gouvernement réunissant toutes les formations politiques significatives du pays, dont le RDR d'Alassane Ouattara.

Septembre
19 : un soulèvement militaire fait plusieurs centaines de victimes à Abidjan et à Bouaké (Nord). Le général Robert Gueï, qui avait dirigé le coup d'état de 1999 est tué à Abidjan. Les mutins, originaires du nord du pays pour la plupart, prennent le contrôle de Bouaké et de Korhogo. La presse officielle incrimine le général Gueï et Alassane Ouattara, qui, craignant pour sa vie, se réfugie à l'ambassade de France.
21 : les quartiers pauvres de la capitale ivoirienne, peuplés majoritairement d'immigrés d'Afrique de l'Ouest, sont incendiés.
26-29: un contingent militaire français intervient à Bouaké et à Yamoussoukro pour évacuer les ressortissants étrangers.
29 : la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) décide la création d'un «groupe de contact» pour assurer une médiation, et l'envoi d'une force de paix pour s'interposer entre rebelles et forces gouvernementales.

Octobre
1er: le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI, branche politique de la rébellion) annonce vouloir renverser le régime et demande la réintégration des militaires forcés à l'exil, en 2000 et 2001, après des tentatives de coup d'Etat.
17: les rebelles signent à Bouaké un accord de cessation des hostilités. Le président Gbagbo accepte l'accord et demande à la France de contrôler le cessez-le-feu.
20: les militaires français se déploient sur une ligne traversant le pays d'est en ouest dans le cadre de l'opération «Licorne».
30: début des premières négociations directes entre gouvernement et rebelles à Lomé (Togo).
Novembre
1er: le gouvernement accepte le principe d'une amnistie et d'une réintégration des mutins dans l'armée.
26: le président du RDR, Alassane Ouattara, retire ses ministres du gouvernement. Le lendemain, il quitte la résidence de l'ambassadeur de France à Abidjan, où il était réfugié depuis le soulèvement militaire du 19 septembre; il trouve refuge au Gabon.
28: le Mouvement populaire ivoirien du Grand ouest (MPIGO) et le Mouvement pour la justice et la paix (MJP), deux nouveaux groupes, revendiquent la prise de Man et Danané (extrême ouest).

2003
Janvier
3: arrivée à Abidjan des premiers éléments de la force ouest-africaine, envoi décidé le 29 septembre 2002 par la CEDEAO.
24: signature d'un accord, à l'issue de plusieurs jours de négociation, à Marcoussis près de Paris, qui prévoit le maintien au pouvoir du président Gbagbo et un gouvernement ouvert à toutes les parties, y compris les rebelles.
25-26: Laurent Gbagbo accepte l'accord et annonce la nomination d'un nouveau Premier ministre de consensus, Seydou Diarra. Guillaume Soro, secrétaire général du MPCI, annonce de son côté que son mouvement a obtenu les portefeuilles de la Défense et de l'Intérieur. En Côte d'Ivoire, des manifestations anti-françaises, parfois violentes, sont organisées par des «jeunes patriotes» proches du président Gbagbo qui refusent l'entrée au gouvernement des rebelles.
21 octobre: le correspondant de Radio France Internationale (RFI), Jean Hélène, est tué à Abidjan.
4 décembre: Laurent Gbagbo se prononce pour la première fois pour une application intégrale des accords de Marcoussis, à l'issue d'une réunion sur le désarmement avec ses chefs militaires et ceux des ex-rebelles à Yamoussoukro.

2004
3-8 février: Visite de réconciliation en France de Laurent Gbagbo.
25 mars: La répression meurtrière d'une manifestation interdite de l'opposition à Abidjan fait des dizaines de victimes : plus de 120 morts selon l'Onu, 37 selon les autorités.
4 avril: début de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), avec le passage sous Casque bleu des 1 300 soldats ouest-africains.
16 avril: le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer est porté disparu.
30 juillet: signature à Accra d'un accord prévoyant des réformes politiques. L'accord précise que le début du désarmement doit commencer au plus tard le 15 octobre.
15 octobre: échec du lancement du processus de désarmement, les ex-rebelles exigeant d'abord l'adoption des réformes politiques.
28 octobre: les Forces nouvelles instaurent un «couvre-feu» et décrètent l'«alerte maximale» dans le nord.
Novembre
4: des avions des forces armées bombardent les positions des ex-rebelles dans leurs fiefs de Bouaké et Korhogo. L'ex-rébellion estime que ces bombardements rendent «caducs les accords de paix». L'Onu les qualifie de «violation majeure du cessez-le-feu».
6: neuf soldats français sont tués et une trentaine blessés dans un cantonnement militaire français à Bouaké lors d'une attaque aérienne gouvernementale. Paris ordonne la destruction des «moyens aériens militaires ivoiriens». La riposte des forces françaises est suivie de violences anti-françaises.
7: Paris renforce son dispositif militaire, portant ses forces à plus de 5 000 hommes.
9: le Sud-Africain Thabo Mbeki, mandaté par l'Union africaine, rencontre Laurent Gbagbo.
15: l’ONU décrète un embargo sur les armes.

6 décembre : Thabo Mbeki annonce un accord visant à accélérer l'application de l'accord de Marcoussis.

2005
Janvier
28: Radio France Internationale (RFI) révèle que Simone Gbagbo et le chef des rebelles Guillaume Soro sont soupçonnés, avec 93 autres personnes, de crimes graves par des enquêteurs de l'ONU, qui recommandent de saisir la Cour pénale internationale.
30: Kofi Annan déclare que la liste de l'ONU accusant 95 Ivoiriens de graves exactions serait remise à un procureur, mais pas publiée pour le moment.

Avril
6: les principaux acteurs de la crise ivoirienne concluent à Pretoria un accord annonçant la fin des hostilités, des mesures sur le désarmement et le retour des rebelles au gouvernement.
13: Thabo Mbeki demande que tous les responsables politiques ivoiriens signataires d'un accord de paix -parmi lesquels l'ex-premier ministre Alassane Ouattara- puissent se présenter à la présidentielle d'octobre. La mise à l'écart de ce dernier à la présidentielle de 2000, pour «nationalité douteuse», est au coeur de la crise ivoirienne depuis septembre 2002.
26: Laurent Gbagbo annonce qu'il accepte la candidature d'Alassane Ouattara à l'élection présidentielle.

Mai
14 : l'armée et la rébellion signent à Yamoussoukro un accord fixant les modalités du désarmement des belligérants.
18: les principaux opposants, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, concluent à Paris une alliance inédite dans l'espoir de gagner l'élection présidentielle du 30 octobre face au chef de l'Etat Laurent Gbagbo.
29 juin: accord de Pretoria II, qui fixe un calendrier pour le désarmement et la création d'une Commission électorale indépendante.
15 juillet: promulgation par le président ivoirien des lois sur le processus électoral.
Août
25: les Forces Nouvelles (FN) refusent de cautionner l'élection présidentielle du 30 octobre, estimant que «les conditions d'une élection libre, démocratique, et transparente ne sont plus réunies pour cette date».
30 août: rapport de Thabo Mbeki sur la médiation qu'il effectue au nom de l'Union africaine; La rébellion «récuse» cette médiation qu'ell estime trop favorable au pouvoir en place.

Septembre
2: nouvelle version des lois sur la commission électorale, la nationalité et la naturalisation. Celles adoptées en juillet étaient contestées par la rébellion et l'opposition.
8: le secrétaire général de l'Onu annonce que la présidentielle ne pourra pas se tenir le 30 octobre.
20: Laurent Gbagbo durci sa position en refusant catégoriquement toute nouvelle négociation dans le processus de paix en panne.
27: le président ivoirien déclare que l'élection présidentielle ne pourra se tenir le 30 octobre faute d'un désarmement de la rébellion, et qu'il se maintiendra à son poste après cette date.

Octobre
6: le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine réuni à Addis Abeba se prononce pour le maintien à la présidence de Laurent Gbagbo après le 30 octobre, et la nomination d'un nouveau Premier ministre de transition, acceptable pour tous.
21: le Conseil de sécurité de l'Onu adopte la résolution 1633 qui maintient Laurent Gbagbo pour 12 mois à la tête de l'Etat, et demande la nomination d'un Premier ministre doté de pouvoirs élargis.

Décembre
4: Charles Konan Banny, gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest (BCEAO), est désigné Premier ministre.
28: après d'intenses tractations, un gouvernement de transition, composé de partisans de Laurent Gbagbo, de l'opposition et des rebelles est constitué.

2006
Janvier
15: le Groupe de travail international, représentant la communauté internationale, s'oppose à la prolongation du mandat de l'Assemblée nationale, arrivé à échéance en décembre.
Cette décision entraine plusieurs jours de violentes manifestations des partisans de Laurent Gbagbo contre la France et l'ONU.
Février
7: entrée en vigueur des sanctions décidées le 3 février par le Conseil de sécurité de l'ONU contre trois personnalités accusées de faire obstacle à la paix, Charles Blé Goudé et Eugène Djué, dirigeants des milices «jeunes patriotes» et Martin Fofié, un commandant des Forces nouvelles.

1er mars: Laurent Gbagbo, le Premier ministre Charles Konan Banny, les opposants Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, ainsi que le chef de la rébellion Guillaume Soro se réunissent à Yamoussoukro. Il s'agit de la première rencontre en terre ivoirienne des principaux acteurs de la crise depuis septembre 2002.

Début juillet: nouveau report de la date butoir fixée pour le démantèlement des milices.

Fin juillet: le lancement du processus d'identification des électeurs en vue du scrutin de l'automne provoque de violents affrontements entre partisans de Laurent Gbagbo et ceux de l'opposition.

8 août: la rébellion des Forces nouvelles suspend sa participation au dialogue sur le désarmement pour protester contre les modifications annoncées concernant l'enregistrement des électeurs.

23 août: le chef de l'Onuci annonce que l'élection présidentielle ne poura avoir lieu comme prévu le 31 octobre en raison des retards pris dans sa préparation.

Septembre: des déchets toxiques, convoyés à Abidjan par un navire étranger et deversés dans des décharges publiques, intoxiquent près de 1500 personnes et font trois morts.

17 octobre : l'Union africaine préconise le maintien à son poste de Laurent Gbagbo pour une période de douze mois, mais en le dépouillant de ses pouvoirs au profit du Premier ministre.

1er novembre : une résolution de l’ONU prolonge d'un an le mandat de Laurent Gbagbo et donne au premier ministre Charles Konan Banny les pouvoirs nécessaires pour gouverner et organiser la tenue d’élections avant le 31 octobre 2007.

2007 - 4 mars : Laurent Gbagbo et le chef de la rébellion, Guillaume Soro, signent à Ouagadougou (Burkina Faso), un accord prévoyant la formation d’un nouveau gouvernement et le départ à terme des Casques bleus de l’ONU et des soldats français déployés dans le pays depuis la fin 2002.
4 avril : Guillaume Soro devient Premier ministre.

16 avril :début du démantèlement de la zone tampon qui séparait le nord et le sud ivoirien depuis la fin 2002.

19 mai :cérémonie de destruction d’armes détenues par des groupes d’autodéfense dans l’ouest de la Côte d’Ivoire.

29 juin : Guillaume Soro échappe de justesse à une attaque à la roquette contre son avion à Bouaké, dans le nord du pays.

   
Corruption: Main basse sur l'aide européenne
 

L'Express du 06/04/2000 - par Jérôme Dupuis, Jean-Marie Pontaut
En tout, c'est 180 millions de francs versés par Bruxelles pour la santé et la préparation des élections qui ont disparu entre 1992 et 1997. Mais pourquoi la Commission européenne a-t-elle mis si longtemps à s'en rendre compte?

Où ont disparu les 180 millions de francs que l'Union européenne a versés à la Côte d'Ivoire? Cette aide, destinée essentiellement au programme de santé, a été systématiquement détournée entre 1992 et 1997, comme l'attestent plusieurs audits récents de la Commission européenne et un rapport accablant de l'Inspection des finances ivoirienne, dont L'Express a pris connaissance. Ce scandale est d'autant plus choquant qu'il porte sur des fonds qui devaient alimenter la lutte contre le sida et la mortalité infantile ou encore participer à l'amélioration du système hospitalier. Une autre partie des subventions, prévue pour accompagner l'organisation d'élections démocratiques en 1995, a, elle aussi, mystérieusement disparu. Certes, la corruption n'est pas un phénomène totalement nouveau en Afrique; mais, cette fois, ce sont des dizaines de millions octroyés par les instances européennes qui se sont évaporés au nez et à la barbe de l'administration de Bruxelles et des fonctionnaires européens détachés à Abidjan. Sans même que les députés européens en soient informés. La France est tout particulièrement concernée, dans la mesure où elle fournit à elle seule un quart des subventions européennes attribuées à l'Afrique.

Cette affaire, demeurée dans l'ombre, vient de rebondir spectaculairement en Suisse. A la faveur du récent changement de gouvernement en Côte d'Ivoire - le général Gueï a remplacé l'ancien président Konan Bédié en décembre 1999 - une dizaine de comptes bancaires attribués à des proches de l'ancien pouvoir ont été bloqués, à la mi-mars, à Genève, Zurich et Lugano. L'actuel gouvernement ivoirien espère bien retrouver dans les coffres des banques helvètes une partie des 180 millions disparus. Un édifiant circuit Bruxelles-Abidjan-Genève. Ou comment convertir des millions d'euros en francs CFA et les transformer en anonymes francs suisses.

Tout commence avec les conventions de Lomé en 1975: les Communautés européennes décident de soutenir l'économie et le développement de 71 Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. L'enveloppe globale est réajustée tous les cinq ans. La plus récente, qui porte sur la période 2000-2005, s'élève à 90 milliards de francs (13,5 milliards d'euros). A elle seule, la France verse un quart de cette somme (soit 22 milliards de francs) au titre des relations historiques qui la lient à l'Afrique - en clair, en tant qu'ancienne puissance coloniale. Une partie de ces subventions est distribuée par le Fonds européen de développement (FED), qui dépend directement de la Commission européenne de Bruxelles. En 1992, cet organisme a versé 400 millions de francs à la Côte d'Ivoire pour soutenir la politique de santé, la décentralisation et l'organisation d'élections. C'est 40% de cette aide - soit 180 millions de francs - qui seront détournés dans des conditions souvent extravagantes. Mais il faudra cinq ans aux responsables de la Commission européenne pour s'en apercevoir.

Un rapport confidentiel de l'Inspection générale des finances ivoirienne, remis au ministre de l'Economie le 19 novembre 1999, détaille ce pillage des subventions de Bruxelles. Pour effectuer cette enquête, des équipes de contrôleurs ont sillonné la Côte d'Ivoire et visité hôpitaux, dispensaires, orphelinats et pouponnières. Plus de 500 dossiers ont été examinés. Les principaux détournements proviennent de surfacturations de matériel médical: ainsi, un pèse-bébé d'une valeur de 202 francs est facturé 4 900 francs; une «boîte d'accouchement» vendue normalement 500 francs apparaît sur les comptes pour la somme de 4 850 francs; une boîte à suture à 247 francs revient, elle, à 6 885 francs; un tensiomètre à 87 francs est facturé 1 960 francs; enfin, un stéthoscope évalué à 85 francs est payé 2 885 francs! Au total, ces surfacturations se sont élevées à 4,9 millions de francs.
Surfacturations et évaporations Plus simple encore: une partie du matériel payé n'est tout simplement pas livrée. Le centre médico- scolaire d'Abidjan attend toujours, par exemple, des fauteuils dentaires d'une valeur de 116 000 francs; l'hôpital d'Adiaké n'a pas reçu un générateur évalué à 148 500 francs; ne parlons pas des tabourets et des instruments d'anesthésie - de 2 000 à 8 000 francs - qui n'ont jamais été reçus par l'hôpital de Grand-Bassam; un appareil de radiographie (104 000 francs) n'est jamais arrivé à l'hôpital général de Danané; de même, du matériel chirurgical (130 000 francs) aurait été livré en 1995 à l'hôpital de Dankono, alors que le bloc opératoire n'a été inauguré qu'en 1999...

A l'intérieur du pays, les méthodes sont parfois ubuesques: ainsi le centre social de Becedi-Anon aurait reçu du matériel médical pour 115 000 francs. Seul problème: l'adjoint au chef de village a expliqué aux enquêteurs qu'il n'existe pas de centre social dans sa commune... Même scénario à Damé. Coût de la facture fantôme: 131 000 francs. Au total, ces fournitures payées, mais non livrées, s'élèvent à 2,9 millions. Parfois, les matériels sont bien livrés mais «confisqués» par une personnalité locale: ici, c'est une cuisinière à gaz qui se retrouve chez un député; ailleurs, du matériel de dentisterie a été troqué contre de la nourriture... Les exemples de travaux non réalisés dans les hôpitaux du pays abondent: climatiseurs non posés dans des pouponnières, fenêtres absentes dans l'un des instituts pour aveugles, chauffe-eau non livrés dans une maternité. Au total, près de 2 millions alloués par l'Union européenne se sont évaporés sous forme de matériels inexistants ou de travaux fantômes.

Le Planning familial ivoirien détient le record de détournements. Selon l'Inspection des finances, 92% des crédits européens se sont volatilisés - soit 1,7 million de francs. L'argent de Bruxelles n'est jamais parvenu à cet organisme mais a été directement versé sur un compte bancaire au nom du ministre de la Santé de l'époque (compte n° 7012167 à la CAA). La nouvelle directrice du Planning familial ignorait même qu'une subvention européenne lui avait été allouée! Sur le compte du ministre apparaissent des dépenses peu en rapport avec la politique de natalité: 950 000 francs de tee-shirts, retrait en espèces de 716 000 francs, 94 000 francs de carburant... D'autres factures ont permis de payer des cours de formation à Dakar, au Togo («cours de formation de formateurs en information, communication, éducation») ou encore à Lyon. «Les pièces justificatives présentées par le Planning familial et qui peuvent être jugées acceptables s'élèvent à 170 155 francs et ne représentent que 8,3% de l'appui de l'Union européenne, conclut l'Inspection des finances. Ce pourcentage, comme on peut le constater, est loin du seuil de confiance...»

Même les fonds attribués à la lutte contre le sida sont dilapidés sans contrôle. L'Union européenne a versé 7 millions de francs entre 1995 et 1997 pour lutter contre ce fléau qui décime l'Afrique - et particulièrement la Côte d'Ivoire: à ce jour 420 000 personnes sont mortes du sida et l'on estime à 700 000 le nombre de séropositifs. L'utilisation des fonds est accablante. Par exemple, la fabrication de 3 000 affiches, sur lesquelles on peut lire: «Sida menace notre pays», entre mars et mai 1997, a fait l'objet de factures d'un montant de 540 000 francs. Or les paiements ont été fractionnés en trois fois pour contourner l'obligation de recourir à des appels d'offres. Par ailleurs, l'organisme qui gère ces subventions a pris en charge, pour des médecins, des frais d'hébergement et de restauration «estimés luxueux». Sur le terrain, le ministère de la Santé n'aurait pas informé les responsables de la lutte contre le sida de l'existence d'une aide européenne. Conclusion sans appel des enquêteurs de l'Inspection générale ivoirienne: «Le programme de lutte contre le sida n'a jamais élaboré de budget. Les fonds sont dans un panier et utilisés dans tous les sens sans documents ni pièces de contrôle jusqu'à leur épuisement.»

16 millions de francs en espèces Ces détournements massifs des aides de santé, aux conséquences humaines dramatiques, ne constituent, hélas, qu'une partie du scandale. L'autre volet important du soutien européen concerne l'organisation d'élections libres en Côte d'Ivoire. Mais, loin de servir au processus démocratique, les millions d'euros sont, là encore, soit «confisqués» par des hauts fonctionnaires ou des politiques, soit encaissés par quelques grandes familles qui détiennent un monopole de fait dans certains secteurs économiques. Le récit des élections municipales, législatives et présidentielle de 1995 et 1996 est particulièrement édifiant. L'Europe a versé 1 milliard de francs CFA - soit 10 millions de francs français - mais seule l'utilisation de la moitié de ces sommes semble «justifiée» par quatre factures aux intitulés très vagues. Les principales surfacturations portent sur la fourniture de matériel électoral: urnes, tampons encreurs, affiches... En Côte d'Ivoire, tout électeur qui met son bulletin dans l'urne doit tremper son doigt dans une encre indélébile, pour éviter qu'il ne vote deux fois. La facture globale d'encre présentée à l'Union européenne s'est élevée à 2,3 millions de francs. L'enquête a révélé que l'encre est fournie par trois sociétés et que le prix du litre varie étrangement de 32 à 120 francs. Pourtant, ces trois entreprises appartiennent à la même famille... Ce groupe, dirigé par Mme Koua, détenait le quasi-monopole sur l'encre indélébile, les tampons encreurs et les bâtonnets de cire. De son côté, la société Spiral a fourni la totalité des urnes sans le moindre appel d'offres. Ces deux structures ont récolté à elles seules pour 2,6 millions de francs de commandes sans passation de marché.

L'ensemble des crédits alloués aux élections fait d'ailleurs l'objet d'étranges manipulations. Des sommes colossales ont été retirées du compte bancaire «spécial élections» pour être transférées sur un autre, appelé «opération déclaration hors délai». Un homme avait la haute main sur ce compte: Djobo Esso. Il a effectué des retraits en espèces pour un total de 16 millions de francs. Officiellement, cet argent aurait été utilisé pour les frais de restauration des assesseurs et des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, pour acheter du «petit matériel électoral» ou payer, assez copieusement, les forces de sécurité. De plus, en 1995, sur les 2,6 millions de francs prévus pour couvrir les frais de vote des Ivoiriens à l'étranger, 1,7 million seulement serait parvenu aux ambassades...

Programme de santé, lutte contre le sida, aide aux élections: ce sont donc au total 180 millions de francs fournis par l'Europe qui ont été détournés à tous les niveaux: politique, administratif et médical.

Comment l'Union européenne a-t-elle pu ne pas remarquer une gabegie si criante? N'exerce-t-elle aucun contrôle sur les subsides qu'elle verse aux pays africains? Bruxelles dispose pourtant d'une délégation permanente de 25 personnes à Abidjan. Dirigée par une fonctionnaire allemande, Mme von Brochowsky, celle-ci comprend notamment un ingénieur en génie civil, un économiste, un agronome et un responsable de la décentralisation. On pourrait imaginer que cette équipe veille attentivement à la bonne utilisation des fonds européens. «On ne peut pas mettre un fonctionnaire de la Commission derrière chaque directeur d'hôpital ivoirien, se défend Michel Arrion, assistant du directeur général du développement à Bruxelles. Notre délégation a plutôt une mission macroéconomique mais n'exerce pas de contrôle comptable.» C'est pourtant elle qui, à la fin de 1997, constatera des irrégularités dans le financement du système de santé. Deux missions du siège bruxellois débarquent donc à Abidjan et réalisent des audits, en novembre 1998, puis en avril 1999. Leurs conclusions, accablantes, déclenchent l'enquête de l'Inspection générale des finances ivoirienne. D'ailleurs, ces inspections conduiront finalement la Côte d'Ivoire à «rembourser» l'Union européenne fin janvier 2000. Ou, plus exactement, l'Etat ivorien s'est remboursé lui-même, le ministère des Finances mettant à la disposition du système de santé 180 millions de francs...

Il aura tout de même fallu cinq ans à la Commission européenne pour découvrir l'ampleur des malversations. De plus, Bruxelles n'a alerté les Etats membres qu'en janvier 1999, sous le sceau de la confidentialité absolue. Les députés européens, eux, devront attendre le 21 septembre 1999 pour que le commissaire européen au développement, Poul Nielson, alerte la présidente de la commission de contrôle budgétaire, la députée allemande CDU Mme Theato. Un long silence qui a indigné Thierry Jean-Pierre, député européen français, habitué à traquer les fraudes européennes: «Il est scandaleux que les députés européens n'aient pas été informés de ces détournements, qui concernent des secteurs aussi sensibles que la santé. Je ne comprends pas que la délégation sur place et les quatre experts du Fonds européen de développement détachés auprès de l'administration ivoirienne n'aient rien vu. Cela pose un problème de compétence. A moins qu'il n'y ait d'autres explications...» L'ancien magistrat s'est d'ailleurs rendu à Abidjan le 11 janvier dernier, en compagnie de Me Vergès. Le célèbre avocat venait rendre visite à une vieille connaissance, le général Gueï, nouveau président de la Côte d'Ivoire. Dans ce contexte agité, l'affaire du détournement des fonds européens est devenue un enjeu de politique intérieure ivoirienne. Par un mandat daté du 11 janvier, le général Gueï a donné pouvoir à Me Vergès d' «engager toute poursuite en Suisse et dans tout autre pays contre l'ancien ministre de la Santé, Maurice Guikahué, l'ancien ministre de l'Intérieur, Emile Bombet, et Mme Henriette Bédié», épouse de l'ancien président. Un mois plus tard, un second mandat élargit les recherches à Konan Bédié lui-même. Le 20 février, Guy Koizan, frère de Mme Bédié et directeur général de la Banque internationale de l'Afrique de l'Ouest Investissement, avait en effet été interpellé par la police ivoirienne. Depuis de longs mois, un juge ivoirien, Sansan Kambire, enquête sur les détournements des fonds européens: 63 personnes - dont 17 fonctionnaires du ministère de la Santé et 32 entrepreneurs - ont été arrêtées.

Mais c'est de Suisse que pourraient venir les révélations les plus spectaculaires. A la demande de la Côte d'Ivoire, le procureur de Genève, Bernard Bertossa, a bloqué un certain nombre de comptes bancaires à Zurich, Genève et Lugano. Parallèlement, une instruction judiciaire pour «blanchiment» a été confiée au juge genevois Marc Tappolet. Accompagné de Me Jacques Barillon, le ministre de la Justice ivoirien a remis un rapport à ce magistrat il y a deux semaines. Une dizaine de comptes numérotés auraient été identifiés - dont deux ont été signalés «spontanément» par des banquiers, en vertu de la nouvelle loi sur le blanchiment. «Le président Bédié ne redoute nullement ces procédures», assure son avocat suisse, Michel Halperin.

Cette traque financière internationale autour de la corruption en Côte d'Ivoire pourrait néanmoins inquiéter d'autres régimes africains. D'autant que les subventions de l'Union européenne ne représentent que 10% de l'aide totale perçue par l'Afrique. La Banque mondiale, le FMI et l'Etat français sont les autres bailleurs de fonds. «Selon le commissaire au développement bruxellois, assure Thierry Jean-Pierre, ces pratiques ont cours dans d'autres pays africains.» En effet, certains d'entre eux sont dans le collimateur de l'Union européenne, notamment la Guinée et le Ghana. Le cas ivoirien pourrait n'être que la première étape d'une opération mains propres en Afrique.

 

Affaire 18 milliards/ Guikahué: “C'était un complot contre Bédié”

Frat matin -30 Oct 2007 -

Dans une déclaration rendue publique il y a peu, le Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD) a rappelé qu'en 1997, 18 milliards de francs CFA de l'Union européenne, destinés à la construction de structures sanitaires, ont disparu du ministère de la Santé, alors tenu par l'un des cadres du PDCI-RDA, Maurice Kakou Guikahué. Répondant, à la faveur de cette conférence de presse, à une question relative à ce qu'il est convenu d'appeler "Affaire des 18 milliards", l'accusé a réagi :
" Dites au CNRD que ce dossier était un vaste complot ourdi contre le président Bédié par des Blancs, avec la complicité des Ivoiriens et de certains militants du PDCI qui ne voulaient plus le voir au pouvoir". Et de poursuivre, sur un ton peu ou prou austère : "Bédié sait que je n'ai rien fait. La justice a prononcé le non-lieu. Allez dire au CNRD et à Affi N'Guessan que les Ivoiriens savent que c'est un faux dossier. Récemment, l'un des responsables de l'Union européenne d'alors est venu présenter ses excuses à Bédié pour s'être mal comporté dans cette affaire montée juste pour le salir et le renverser".

E. Kouassi

 
La revanche du général Gueï

L'Express du 06/01/2000 - par Vincent Hugeux
Le tombeur du président Konan Bédié, Robert Gueï, a su s'imposer au pas de charge. Ses atouts? Le rejet du régime déchu et la nostalgie de l'époque Houphouët-Boigny

Sans trop se faire prier, le général a cédé. Au pas de charge, il gravit l'escalier qui mène au jardin de sa villa d'Abidjan, peuplé de poules et de paons, et ordonne à deux soldats d'exhumer du fond d'une paillote l'une de ses œuvres, une rambarde de bois sculptée. C'est que Robert Gueï, maître en treillis de la Côte d'Ivoire depuis le putsch fatal à Henri Konan Bédié, à la veille de Noël (le président déchu est arrivé le 3 janvier à Paris), se plaît à manier le ciseau à bois. Comme il aime, à ses moments perdus, tâter de la guitare, du clavier ou du pinceau. Las! depuis que ce saint-cyrien râblé, levé chaque matin à 4 heures, dirige le Comité national de salut public (CNSP), organe exécutif surgi d'une mutinerie faussement anodine, le temps lui manque. «Je dors debout», avoue-t-il. Ses talents de sculpteur y suffiront-ils? A 58 ans, le général de brigade s'attaque à une pièce vermoulue, ce «modèle ivoirien» rongé de l'intérieur par l'incurie hautaine du clan Bédié et menacé par la banqueroute

Pour conjurer les périls qui le guettent et rallier les foules à son panache kaki, l'officier yacouba - ethnie de l'ouest - invoque jour et nuit les mânes du défunt Félix Houphouët-Boigny. Après tout, il doit au «Vieux», patriarche vénéré et généreux, ses galons, sa résidence abidjanaise et une maison dans la banlieue parisienne

«A Santeny, dans le Val-de-Marne, confie-t-il. Par le RER, on descend à Boissy-Saint-Léger.» Mais le «père de la nation», qui le promut en 1990 chef d'état-major des Forces armées nationales (Fanci) au lendemain d'une rébellion, a aussi légué à Robert Gueï cet art très africain du dialogue, de l'écoute patiente, de la palabre apaisée. Reçus tour à tour, les ambassadeurs, dignitaires chrétiens ou musulmans, roitelets et chefs traditionnels, patrons, syndicalistes, étudiants ont tous droit à un éloge de la réconciliation, de la cohésion et de la paix, «deuxième religion des Ivoiriens». Pas une note écrite, la même voix sourde et monocorde, le même phrasé un peu traînant, le même sens de la formule imagée. S'agit-il de dissiper les illusions salariales de travailleurs sous-payés? «Evitons, leur lance l'orateur, de demander un tabouret à la grenouille accroupie.» En stratège madré, Gueï cultive ce troublant mimétisme avec le président disparu. «Les gens simples voient le Vieux réincarné», concède un ministre retraité. «On croit avoir affaire à feu Houphouët», s'extasie en écho Alpha Blondy, figure de proue du reggae africain. «Il a bien appris sa leçon et sait la réciter», nuance un éditorialiste. Tout juste parvenu au pouvoir, le disciple ira s'incliner sur la tombe du maître en son fief de Yamoussoukro, bourg élevé en 1983 au rang de capitale. Sur une pleine page de quotidien, un appel lyrique dépeint le para galonné sous les traits du digne héritier «à l'élégance sans pareille», gardien de «la flamme du père fondateur». Quant à la première chaîne, elle diffuse sans désemparer un long documentaire à la gloire de «FHB». Comme pour mieux asseoir la filiation.

A l'évidence, le message séduit. Surtout lorsque le général plaide en faveur de l'unité nationale. Reflet de la fuite en avant chauvine du régime déchu de Konan Bédié, le culte de l' «ivoirité» sapait les fondements du pays aux 60 ethnies, comme l'atteste l'expulsion brutale, en novembre dernier et sur fond de querelle foncière, de milliers de paysans venus du Burkina ou du Mali. Ivoiriens de souche contre immigrés ou compatriotes «à la citoyenneté douteuse». Musulmans du nord face aux chrétiens du sud et de l'ouest. Et Baoulés - détenteurs depuis des lustres des leviers du pouvoir - contre tous les autres. Or voici que le cyrard putschiste, «papa Noël en uniforme», dénonce le poison racial et dissout le Conseil supérieur islamique, instance bricolée par Bédié et confiée à l'un de ses proches pour semer la division parmi les adeptes du Coran.

«Nous bénissons le général», constate un cacique musulman. Catholique fervent, Robert Gueï ira jusqu'à présenter, au gui l'an neuf, les excuses des soldats à tous les croyants: aux disciples du Christ privés par le couvre-feu de messe de minuit et à ceux du Prophète pour avoir bousculé le rituel du jeûne du ramadan. On l'entendra aussi inviter prêtres et imams à «éteindre les passions». Métaphore naturelle pour cet officier accueilli jadis en stage chez les sapeurs-pompiers de Paris, avant de commander, jusqu'en 1985, les soldats du feu des Fanci...

Au seuil de l'an 2000, la Côte d'Ivoire s'initie aux rudiments d'un nouveau sport national: l'allégeance. On «prend acte» du changement de régime. A moins qu'on n'acclame la junte et son guide. Chaque jour, le journal télévisé prend des allures de concours de loyauté. Au soir de la Saint-Sylvestre, on vit ainsi défiler des transporteurs transportés, les cadres de l'enseignement privé laïc, une amicale houphouétiste, les militaires à la retraite et les étudiants handicapés. Le Parti démocratique (PDCI), hier arrogant fer de lance du pouvoir, offre humblement de rallier le futur gouvernement de transition, fût-ce pour n'y occuper «qu'un strapontin». Fraîchement libéré, son secrétaire général, Laurent Dona-Fologo, apparatchik de l'ordre ancien, convaincra sans peine ses troupes d'ovationner le tombeur du régime. Mais la palme du ralliement revient haut la main au Cercle national Bédié. Au prix, il est vrai, d'une légère retouche de ses statuts, qui lui assignaient la mission, en leur article 3, de «mobiliser les Ivoiriens autour de la personne d'Henri Konan Bédié» et de «maintenir une communion totale et permanente entre le peuple et son président». Bien sûr, il arrive que le brusque changement de cap déroute les moins vifs d'esprit, ou les plus entêtés. Pour preuve, cette édition du National, refuge des porte-plumes les plus haineux du pouvoir naufragé. On y découvre en page 2 un éditorial flagorneur, intitulé «Mon général, je suis au garde-à-vous», invitant l'idole galonnée à «se méfier de ses nouveaux amis». Et en page 5 un article prédisant le «retour glorieux» de l'élu détrôné; juste au-dessus d'un encadré couvrant d'injures, comme au bon vieux temps, l'opposant Alassane Dramane Ouattara («ADO»), ce «poltron», ce «rat apeuré», rentré de son exil français le 29 décembre.

La roue tourne. Et cette insolite Nativité, ce bogue houphouétiste, a pour Robert Gueï un parfum de revanche. Car le «chef de l'Etat» paya longtemps sa raideur d'échine. Et la méfiance qu'il inspirait au successeur du Vieux. Jamais Bédié ne lui pardonna sa tiédeur lors de la sourde lutte qui l'opposa à «ADO», alors Premier ministre, au chevet d'un Houphouët-Boigny agonisant. Procès en partie injuste: en décembre 1993, à l'heure où les deux ennemis se disputent la succession, le patron des forces armées convie Ouattara à s'effacer. Au nom d'un «ordre constitutionnel» qui donne la primauté à son rival, président de l'Assemblée nationale. A l'époque, seule la popularité dont jouit le général au sein de la troupe dissuade Bédié de le limoger.

Simple sursis. L'heure de la destitution sonne le 21 octobre 1995, à la veille de l'élection présidentielle. Motif: Gueï a refusé deux mois plus tôt, en pleine campagne, d'engager ses hommes dans des opérations de maintien de l'ordre, avant d'exiger, devant l'insistance du palais, un ordre de réquisition écrit. «L'armée, objecte-t-il, n'intervient que quand la République est en danger.» A ses yeux, le «boycott actif» prôné alors par l'opposition ne requiert pas un tel traitement. «Là, il s'est vraiment comporté en officier légaliste», souligne Laurent Gbagbo, le leader du Front populaire ivoirien (FPI), qui connaît fort bien le personnage. Arrêté en 1972 sur ordre d'Houphouët, Gbagbo, jeune historien et agitateur gauchiste, échoue à l'Ecole des forces armées de Bouaké (centre), dans la section du capitaine Gueï. «J'ai fini par accomplir sous ses ordres mon service militaire, raconte-t-il aujourd'hui. Et je garde de cet épisode un excellent souvenir. Passé par Saint-Cyr, Robert Gueï tranchait sur ses congénères. Il nous arrivait de discuter à la faveur d'un tour de garde commun.» Près de vingt ans plus tard, leurs chemins se croisent de nouveau. Cette fois, le patron du FPI négocie la libération de militants embastillés. Face à lui, une troïka de colonels. Emile Constant Bombet, ministre de l'Intérieur. Joseph Tanny, patron de la gendarmerie. Et Robert Gueï, chef d'état-major alors fort peu loquace. Depuis, une décennie s'est écoulée. Le premier nommé, arrêté par les mutins, était toujours détenu le 2 janvier. Alors que le deuxième avait recouvré la liberté la veille du réveillon...

Bédié a la rancune tenace. Au général disgracié par ses soins fin 1995, pour avoir, prétend alors le régime, participé à un «complot contre l'autorité de l'Etat», il offre aussitôt le portefeuille dérisoire du Service civique, tombé en désuétude depuis des lustres, puis celui des Sports. Pourquoi pas? Ceinture noire deuxième dan, Gueï a vice-présidé pendant dix-sept ans la Fédération ivoirienne de judo. Discipline que son compagnon de tatami Lassana Palenfo, n° 2 du CNSP, défend à l'échelon africain et mondial. Placard doré et répit trompeur là encore. L'amnistie des six officiers révoqués en 1995 a été votée par le Parlement l'été dernier. Mais elle n'a pas lavé l'affront: les gradés absous ne sont pas pour autant réhabilités. Sans doute ce cuisant souvenir explique-t-il le courroux du général lorsqu'il apprit la fuite vers le Togo, à bord d'un hélicoptère français et dans le sillage de Bédié, du ministre de la Défense Vincent Bandama N'Gatta. Celui-là même qui avait instruit à charge le dossier des «conspirateurs».

Rhétorique churchillienne Chantre du dialogue, le para trapu au béret bleu peut se montrer brutal. Lorsqu'il apprend que «HKB», dédaigneux au point de le traiter de «zozo», s'apprête à décoller pour Lomé en compagnie d'une poignée de ministres, Gueï l'appelle sur son téléphone portable. «Dans ce cas, lui dit-il, nous abattons l'hélico.» Décomposé, Bédié consent à n'emmener que sa famille. Malgré tout, les autres suivront, au grand dam du général-président. De même, quand la junte craint encore une contre-offensive du régime en déroute, ou de ses alliés présumés, le patron du CNSP promet de commencer, en guise de riposte, par «égorger» les officiels «mis à l'ombre». Peu enclin à la démagogie, il use souvent d'une rhétorique churchillienne. «On a fait le tour des caisses de l'Etat, lance-t-il ainsi aux délégués syndicaux rassemblés au camp Gallieni, siège de l'état-major. Il n'y a rien. Tout est vide. Ils ont tout pillé.» Les manifs, d'accord; le désordre, non. D'ailleurs, l'homme déteste la pagaille et admoneste volontiers son auditoire. A commencer par les étudiants, qu'il juge impulsifs et capricieux, quitte à s'attirer une ferme réplique de Charles Blé Goudé. Le gourou de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci) s'abstiendra néanmoins d'évoquer le chapitre le plus sombre de la carrière du patron des Fanci. Le 17 mai 1991, ses paras commandos investissent le campus de Yopougon, quartier populaire d'Abidjan, théâtre d'une rébellion chronique. Jeunes filles violées, jeunes gens défenestrés. Une descente d'une brutalité inouïe. Qu'à cela ne tienne: Houphouët le couvre et le nomme général de brigade.

Une indéniable popularité Dévot du Vieux, Robert Gueï l'est presque autant du «Grand». Bref, il voue un culte filial à Charles de Gaulle. Au point de citer les Mémoires de guerre à l'heure des vœux télévisés, pimentés au demeurant d'un très gaullien «Nous nous sommes compris». Et d'aligner pieusement dans sa bibliothèque les œuvres complètes de l'homme qui a dit non. «J'ai eu l'honneur de le rencontrer une fois, confie-t-il. Je le vois encore devant moi, dans l'amphi de Saint-Cyr. C'est mon grand ancien.» Le fossoyeur du gang Bédié a sillonné l'Hexagone. Après son séjour à Coëtquidan, il y revient pour un stage d'état-major à Montpellier, puis fréquente à la fin des années 70 l'Ecole de guerre, où «le boss» noue de solides amitiés tricolores. A la Saint-Sylvestre, il devait recevoir en son village de Gouessesso, préfecture de Biankouma, sept camarades de promotion et leurs épouses. Si le renseignement militaire français n'a rien vu venir, les animateurs du CNSP ne surgissent pas du néant: tous ont parfait leur instruction sur le sol de l'ancienne puissance coloniale. Tel est le cas de Lassana Palenfo, bras droit de Gueï, comme du général d'aviation Abdoulaye Coulibaly, qui fut durant vingt-deux ans le pilote personnel de Félix Houphouët-Boigny. Et, le 11 novembre dernier, Francis Lott, l'ambassadeur de France à Abidjan, décernait les insignes de chevalier de l'ordre du mérite au colonel Matthias Doué, n° 4 du Comité. Certes, les modalités du départ en exil de Bédié, hébergé à la résidence de l'ambassadeur puis chez les marsouins du 43e Bima, basés non loin de l'aéroport, ont empoisonné le climat; au point qu'on a frôlé à deux reprises l'affrontement armé avec les mutins. Certes, le général Gueï a dénoncé en termes vifs les manœuvres de Michel Dupuch, patron de la cellule africaine de l'Elysée et intime du clan Bédié, guidé selon lui par ses intérêts personnels. Reste qu'il s'est dit «émerveillé» de voir «la grande et prestigieuse France réussir à casser la stratégie» des avocats impénitents du pouvoir vacillant. «Vous avez évité un bain de sang», glissera même le nouveau maître du jeu à l'ambassadeur Francis Lott en le gratifiant d'une tape amicale sur l'épaule.

Le général l'affirme: il n'est pas venu «déblayer le terrain» pour Alassane Ouattara. Bien sûr, la chute de la maison Bédié permet à l'ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), jusqu'alors écarté, de briguer la présidence. Bien sûr, le premier ministre d'Houphouët compte au sein du CNSP des «hommes de confiance», tels Coulibaly, et Palenfo, qui fut son ministre de la Sécurité. «Mais Robert Gueï ne roule pour personne, prévient un familier. Sinon peut-être pour lui-même.» Le «deux-étoiles» peut répéter sur tous les tons que «le pouvoir ne l'intéresse pas», on le soupçonne de songer à se porter candidat lors du prochain scrutin. Scénario qu'accréditent son indéniable popularité et ses démentis ambigus. «Je suis là pour accomplir une mission, précise-t-il. Cette mission terminée, je me tournerai vers le peuple pour lui rendre compte. Vous devez d'abord avaler ce que vous avez dans la bouche. Après...» «Mieux vaudrait pour lui choisir ATT qu'IBM», s'amuse un expert. En clair, s'inspirer du modèle du Malien Amadou Toumani Touré (ATT), qui s'effaça après avoir renversé le dictateur Moussa Traoré. Plutôt que suivre l'exemple du Nigérien Ibrahim Baré Maïnassara (IBM), mal élu et assassiné par ses pairs putschistes. Pour l'heure, le nouvel homme fort du pays s'en tient à son programme. D'abord, former un gouvernement d'union transitoire et resserré, dominé par le FPI de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des Républicains (RDR) d'Ouattara; cabinet de 21 membres au sein duquel les militaires garderont la maîtrise de la Défense, de la Sécurité, de l'Intérieur, mais aussi des Affaires étrangères, qu'ils confieront sans doute à un civil proche d'eux, et de la Communication. Ensuite, réviser la Constitution, ébaucher un code électoral «consensuel», concevoir un découpage équitable des circonscriptions. Enfin, convoquer les électeurs aux urnes. La date? Le général rechigne à arrêter un calendrier qu'il craint de ne pouvoir tenir. Mais il sait que seul un engagement ferme peut amadouer la communauté occidentale et les bailleurs de fonds. Si «le sauveur» résiste à la tentation de descendre dans l'arène, nul doute que la bataille mettra aux prises le socialiste Laurent Gbagbo et le libéral ADO. Duel arbitré par un candidat du PDCI rénové, pour peu qu'il survive à sa mue, tel Maurice Seri Gnoléba, président du Conseil économique et social. L'électorat de l'ex-parti unique tâchera à coup sûr de faire échec à Ouattara. «Trop premier de classe, pas assez africain», tranche un banquier. D'autant que l'intense campagne menée contre lui a laissé des traces. Notamment sur les murs d'Abidjan. «ADO, Burkinabé, va chez toi!», «Qui est ta mère?», lit-on au hasard des palissades.

Pas âme qui vive. C'est un chantier à l'abandon, comme déserté à la hâte. Ici, les maillons de ciment dessinent en pleine brousse, dans la latérite, une avenue à quatre voies. Là ils laissent deviner un rond-point virtuel. Et, derrière cette palissade grise, l'intrus découvre un bunker, que prolonge, dans une large saignée, un tunnel descendant en pente douce vers une autre bâtisse. On y accède par un escalier de marbre. En bas, voici le parterre de palmiers, les tubes au néon, les climatiseurs. Bienvenue à Pepressou (centre), en pays baoulé, dans les entrailles du palais inachevé d'Henri Konan Bédié, natif du cru. Décor parfait pour un despote reclus, têtu, claquemuré jusqu'à l'autisme dans ses certitudes. Tout à côté, un coquet lotissement aux toits de tuile, où vivote la famille élargie du président renversé. Surmontant sa méfiance, un neveu vous escorte chez Marcel Kofi Bédié, frère aîné de l'exilé. Le désarroi est palpable. Même si la crainte d'une descente des mutins se dissipe. Nul n'a fêté l'avènement de l'an 2000. Et aucune nouvelle du frangin. «Revenir? C'est à lui de décider, répond Marcel. Peut-être devra-t-il changer de métier pour faire vivre les siens. Nous, nous ne sommes que des paysans.»

«Pour Bédié, c'est fini» A Daoukro, la ville voisine, une enceinte rose hérissée de ferrures bleues dérobe aux regards la résidence privée du banni. Sur le seuil, un sapin de Noël métallique, des guirlandes, des boules. «Le 23 décembre, à peine arrivé, le président a repris l'hélico pour Abidjan», raconte un gendarme. Bédié voulait bâtir ici son Yamoussoukro. Meubler son bastion, comme le fit le Vieux, de testaments de pierre. Là-bas, une fondation, une basilique, moins habitée par l'esprit qu'un casino apatride. Ici, une mosquée quasi achevée, une préfecture et une école du bâtiment en souffrance. Raté. «Je soupçonne le Vieux d'avoir choisi comme successeur un médiocre pour qu'on le regrette, lâche un ancien ministre. Et ça, c'est réussi.» Militant du PDCI, chauffeur de taxi faute de mieux, Paul n'a jamais admis qu'à Abidjan Bédié rase la maison de son mentor pour la reconstruire. «Comme s'il voulait effacer les traces d'un héritage trop lourd. Avant sa fuite, je le respectais. Mais qu'il cesse de rêver. Pour lui, c'est fini.» A défaut de l'avoir écrite, le déchu a signé un jour une autobiographie. Son titre: Les Chemins de ma vie. Un de ces bouquins que nul ne lit et dont on abreuve les rédactions. Les chemins de sa vie ne l'ont mené nulle part. Sinon à l'échec et à l'exil.